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Avant de devenir le dieu du judaïsme qu'on connaît de nos jours, et par suite du christianisme et de l'islam, Yhwh a eu une histoire. Ce n'est que lors de l'exil à Babylone que le dogme s'est durci pour aboutir à un monothéisme radical auquel nous sommes aujourd'hui familiarisés. En 587 avant notre ère, le premier temple de Jérusalem est détruit et une partie de la population, notamment les élites, est exilée à Babylone. cette rupture a causé un bouleversement théologique profond. 

Auparavant, Yhwh fut un dieu du Proche-Orient parmi d'autres, avec des similarités et comparaisons possibles avec les peuples voisins. Il est notamment possible de le rapprocher avec les "Ba'ali", c'est à dire les "seigneurs", des divinités de l'orage, ombrageuses, colériques, puissantes... Il existe plusieurs "Ba'al", ce mot n'étant qu'un titre, et ceux de différentes cités ont souvent des points communs.

Le cours donné par Thomas Römer au Collège de France vise à faire le point sur l'état de la recherche autour de Yhwh, ce qu'il était avant l'établissement de ces dogmes promis à un grand avenir. Il est question de sa divinité "archaïque" par rapport à ce qu'il deviendrait par la suite, mais qui cependant continue d'influencer et irriguer certains points importants de l'Ancien Testament. Comprendre la construction historique de la figure est un moyen de l'aborder plus sereinement et avec un éclairage qui permet de voir autrement les récits bibliques notamment.

Sur le plan de la création de fictions, ces travaux sont des sources d'inspiration rafraîchissantes, qui permettent d'aborder avec un oeil neuf l'histoire ancienne du Proche-Orient, les croyances, les légendes et mythes... qui ont nourri déjà de nombreux romans, films, scénarios de jeux vidéo ou Jeux de rôle...

 

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Quelques liens complémentaires :

 

 

L'image de Yhwh

Une évolution de la représentation

Les interdits autours de la représentation de Yhwh se construisent progressivement avec une croissance de l'exclusivité du culte de Yhwh puis une lutte plus agressive contre des éléments de culte polythéiste :

  1. Interdiction de placer la statue d'un autre dieu que Yhwh dans son temple
  2. Interdiction de fabriquer de statue de Yhwh
  3. Interdiction des images en général, et donc une lutte contre toutes les idoles et toutes les images dans les lieux de culte

Sainteté

La vraisemblable statue de Yhwh est sacrée, elle n'est accessible que rarement aux seuls prêtres et au roi. Dès lors chaque occasion de la voir est exceptionnelle, avec la peur pour le prophète de perdre la vue pour avoir accédé à une vision qui lui était interdite. Il y a là un schéma classique. L'interdit est l'accomplissement d'un acte réservé aux initiés, et les profanes / profanateurs risquent trois peines de gravité croissante : perdre la vue, perdre la raison, perdre la vie. Le prophète étant choisi par Dieu, il est initié par son élection et peut donc accomplir ce qui aurait dû le détruire, mais il n'en est pas moins effrayé car il sait ce qu'il risque. Voir la statue de Yhwh inspire la vision du Yhwh véritable et céleste, entouré de ses armées constituée de séraphins et chérubins, créatures hybrides autant que puissants gardiens.

Progressivement, au fil des siècles,  alors que s'installe l'interdit de la représentation de Yhwh, les prophètes ont des visions de moins en moins précises de son apparence. La vision de sa gloire se fait seule nuée éclatante et voix. L'invisibilité de la divinité devient la norme tandis que les visions tendent à devenir symboliques, il n'y a plus à voir que le chandelier à sept branches qui figurent dans le second temple de Jérusalem, détruit en 70.

La destruction du premier temple de Jérusalem (-587)

Malgré les censures tardives, il semble que le scénario des événements soit celui d'une destruction du premier temple de Jérusalem avec un enelèvement de la statue de Yhwh. Cyrus ensuite, pour gagner les bonnes grâces des peuples qu'il libère de leur exil, leur rend possiblement la statue qui est ramenée au pays.

Dans les pratiques mésopotamiennes, dans le cas de la destruction d'une statue à l'issue d'une guerre, il est nécessaire qu'un roi, intercesseur par nature auprès des dieux, ait une vision de la face du dieu pour qu'une nouvelle statue soit réalisée et installée dans le temple. A défaut, il faut se contenter de mettre un symbole divin à la place de la statue du dieu.

Or les Judéens à la fin de l'exil n'avaient plus de roi, et par là plus de médiateur. Le roi est le reflet de la divinité et réciproquement. L'absence de roi après la fin de la royauté rend caduque l'interdépendance roi / statue. Dès lors, puisqu'il n'y avait plus besoin de roi, il n'y avait plus besoin de statue. Il y eut le choix de la rupture par une frange des judéens. Quelques textes semblent indiquer à ce propos qu'il n'y avait pas d'unanimité et que certains espéraient la réinstallation de la statue dans le second Temple de Jérusalem. Non seulement on abandonne l'idée d'avoir une statue, mais également l'arche d'alliance qui ne sera pas reconstruite. C'est la ville de Jérusalem elle-même qui deviendra désormais le trône de Yhwh.

Les outils de la substitution sont donc :

  • la fumée qui part de l'autel (la nuée de gloire)
  • le chandelier à sept branches
  • la ville de Jérusalem
  • la Torah / le Livre

Remarque : Une telle transformation m'interpelle...

D'une part, on peut imaginer, si ce scénario est le bon, que la crise de la fin de l'exil a dû être brutale. Des indications laissent à penser que ceux qui revenaient d'exil avaient développé une idéologie rigoriste assez nouvelle et qu'ils furent en conflit avec ceux qui n'avaient pas été exilés, à savoir le petit peuple en particulier. Le durcissement du dogme aboutissant progressivement à fonder les bases de l'actuel judaïsme ne s'est probablement pas fait sans douleur.

Ensuite, dans le fait d'infuser la substance d'une statue dans sa capitale religieuse, il me semble qu'il y a là une trame qui peut être reprise aisément dans des histoires à composantes surnaturelles, rendant concrète la métaphore. Un trône céleste dans la pierre, précisément celle du socle d'une ville que se disputent trois religions depuis des siècles...

Enfin, la volonté de se séparer d'une incarnation d'un dieu concret et accessible me paraît symptomatique d'une peur de la perte. C'est désormais la ville qui devient un trône céleste, elle devient sacrée dans son ensemble, divine... Or anihiler tout le site de la cité est moins évident que détruire seulement un temple et en voler ou briser la statue. En rendant le dieu intangible et plus abstrait, il était possible de s'assurer qu'il ne pourrait jamais être détruit par des Hommes. Par son caractère désormais transcendant, il se libérait des vicissitudes qui risquait de le plonger dans l'oubli comme tant d'autres avant lui. L'éternel doit-il être abstrait ? C'est finalement en devenant "autre" que Yhwh a pu entrer dans l'histoire des religions comme un cas atypique plus aisément universel, assise des trois religions du Livres.

 

 

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/0/0a/Judea.jpg/800px-Judea.jpg

 

 

Collines désertique de Judée.

 

Wikimedia Commons.

 

Tag(s) : #Inspirations, #Histoire, #Surnaturel, #Civ - Sables et Encens