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Après une introduction relative à la démarche globale relative aux travaux dirigés, un point sur les devoirs eux-mêmes, ce qui est assurément une cause d'échec, bref, tout ce qu'il ne faut en aucun cas faire.

 

 

Bibliographie & articles connexes

Toujours...

Dans tous les cas, l'appréciation globale se fait à partir d'un certain nombre de critères, mieux ils s'expriment et meilleure sera la note :

  • Forme : une dissertation comme un commentaire de texte est un exercice formel, il ne vise pas à évaluer les connaissances dans leur globalité ou la qualité de l'apprentissage du cours. Le but est de parvenir à exprimer des idées dans un cadre imposé. Il s'agit de rédiger selon le plan demandé, en l'occurrence ici, avec une introduction, une conclusion (attention, c'est une exception dans le cursus en droit !), deux parties, deux sous-parties, des titres visibles. La forme inclut la maîtrise de l'orthographe, de la grammaire, de la syntaxe. Même si le correcteur ne pénalise pas directement les fautes de langue, il est évident que cela dessert considérablement l'étudiant.
  • Clarté : je dois comprendre ce que je lis ! Cela implique d'éviter les phrases trop longues dans un devoir, mais aussi d'avoir une graphie lisible ! Trop d'étudiants écrivent des pattes de mouches, et dans ce cas, l'usage du stylo bille est une très mauvaise idée : faible contraste avec la feuille, demande une régularité du geste pour être net et pas à peine déchiffrables. Préférer un stylo-plume ou autre, un feutre par exemple... La clarté, c'est aussi de sauter des lignes, de faire des paragraphes, de ne pas rendre de devoirs où les paragraphes font 1 page. De même que pour les fautes de langue, le manque de clarté dessert et arrondit les notes à l'inférieur, donnant globalement une mauvaise impression.
  • Explicite : les idées sont annoncées, expliquées, développées. Une introduction doit servir à comprendre le choix de la problématique, un chapeau introductif sert à comprendre pourquoi les thèmes des sous-parties servent le sujet... Rien ne doit être sous-entendu, rien ne doit être implicite, et il ne faut jamais compter sur le fait que "c'est évident". Rien n'est évident ! ... souvent même les évidences sont précisément des pièges du sujet... 
  • Concentration : un argument ne sert qu'une fois, il ne doit pas y avoir de répétition, de redites, de reprises... Quelque chose qui est dit en intro ne sera pas resservi en développement. Il n'y a que dans la conclusion qu'il est possible d'évoquer ce qui a été dit, dans la phase de récapitulation.
  • Cohérence : je ne supporte pas les problématiques qui annoncent quelque chose qui n'a aucune rapport avec les titres de parties, ou les titres de partie qui n'ont pas de rapport avec le contenu développé. Je n'apprécie pas non plus les contradictions internes, d'une partie sur l'autre ou à l'intérieur même d'une partie. A mon sens, le coeur d'une réflexion se situe dans la cohérence, sans elle, il n'y a aucune force, aucune identité à l'argumentaire.
  • Précision : on ne démontre rien en étant général, en énonçant des platitudes. Les faits précis sont l'équivalent des preuves dans un procès, il faut les choisir avec le même sens stratégique qu'un avocat devant défendre son client dans une affaire criminelle (l'image est ici celle de la procédure accusatoire qu'on voit souvent dans les films américain, mais ça vaut aussi pour les rédactions de conclusions en droit civil). Malheureusement, beaucoup d'étudiants se contentent de placer tout ce dont ils se souviennent, sans aucune sélection préalable, sans réflexion relative à la structure d'ensemble, à la force argumentative. Il faut bannir les terminologies généralisantes "quelques uns", "la plupart", "certains", ... A chaque fois qu'il est possible d'être précis, les assertions seront précisées... tout en restant bref. Il ne s'agit pas de s'étendre longuement sur une illustration d'une idée.
  • Pertinence : chaque argument, chaque idée avancée doit répondre à la problématique. Tout ce qui est présent dans le développement doit coller au ssujet. Chaque titre de sous-partie est une réponse partielle à la question d'ensemble représentée par la problématique. Si une idée est intéressante mais ne "colle" pas au sujet, elle doit être évacuée en introduction ou en conclusion.
  • Nuance : un devoir n'est pas un discours polémique, quelles que soient les idées, la thèse défendue, les arguments, il ne doit pas ressortir de la violence ou des propos péremptoires. Préférer l'argumentaire concessif et nuancé qui évite de dire des bêtises à force de vouloir qualifier de noir ce qui est seulement gris. Les étudiants qui prennent à coeur des sujets, les abordent avec passion oublient souvent que la réalité n'est qu'exceptionnellement tranchée, nette, simple, d'un abord facile, et du coup utilisent des contre-vérités pour étayer leur argumentaires, ce qui leur coûte inévitablement. Plus un argument est tranché, et plus il s'approche de la caricature... et plus il est facile de le démonter en attaquant ses nombreuses faiblesses.

Tout cela contribue à rendre un devoir convaincant ce qui est le but englobant ces différents sous-critères. La créativité de la démarche, le fait que le travail dégage une réflexion personnelle est un "plus", mais est loin d'être suffisant en soi.


 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b69218185/f1.highres

Ne jamais...

Un certain nombre de défaut sont rédhibitoires, ils assurent de ne pas atteindre la moyenne :

  • ne pas terminer le devoir dans les temps : cela peut paraître dur, mais c'est ainsi, réussir la totalité du travail dans le temps imparti fait parti de l'exercice. Max 5/20 pour ceux qui n'ont pas terminé.
  • non respect de la forme : mépriser le plan apparent ou le nombre de parties
  • plan déséquilibré : toutes les parties doivent avoir la même taille ; a contrario si une partie pèse plus du double d'une autre, il y a un problème ; idem, si une sous-partie fait le double d'une autre... 
  • introduction famélique : l'introduction ne peut en aucun cas être plus petite qu'une sous-partie, il vaut d'ailleurs mieux qu'elle se rapproche de la taille d'une partie.
  • ne pas transformer un devoir de réflexion en question de cours ! Il ne doit jamais y avoir plus de 30% à 50% de listes de faits (dates, noms de personnes...) dans une sous-partie. Le "reste" est en réalité l'essentiel, c'est-à-dire la réflexion. Souvent les étudiants mettent toutes leurs bonnes idées dans la phrase de transition entre leurs sous-parties, comme si c'était évident et sans importance alors qu'ils ont là le coeur de leur travail...

Particularités propres à la dissertation

La dissertation rassure les uns, effraie les autres... Pour ne pas se planter sur cet exercice, il y a un certain nombre de conditions à remplir :

  • Quel que soit l'intitulé du sujet, il ne faut jamais sortir de la période du cours dans le développement du devoir ! Ainsi dans un cours sur la Révolution française, il faudra toujours se limiter dans les bornes temporelles extrêmes à 1774 (début du règne de Louis XVI), et 1814 (chute de Napoléon Ier
  • Quel que soit l'intitulé du sujet, il ne faut jamais sortir de la matière. L'histoire du droit n'est pas le lieu de disserter de philosophie du droit, de philosophie politique ou de politique tout court, ou encore d'économie, d'histoire de la vie sociale... Pour ne pas se tromper, il suffit de s'assurer que chaque sous-partie aborde le fonctionnement des institutions, les réformes, le système dans sa légitimité et son évolution.
  • L'introduction doit servir à borner le sujet, donc explicitement fixer les limites temporelles et géographiques du devoir. Exemple : dans un sujet intitulé "Louis XVI" les bornes du personnage institutionnel, le roi, pas la personne, seront les bornes du règnes, soit 1774 - 1792. Son procès et sa mort n'ont pas à figurer dans le développement.
  • Toujours dans le bornage du sujet, il faut fixer les limites thématiques et la démarche. Exemple : dans un sujet intitulé "Louis XVI", il faudrait préciser ce qui dans le règne sera étudié, et bien sûr laisser de côté son amour de la serrurerie ou ses amours avec Marie-Antoinette, ou encore le détail de la fuite à Varennes. 
  • S'assurer que tous les termes du sujets sont clairs... et ça, c'est très souvent négligé, contribuant à de grandes lacunes dans le développement. Exemple : le sujet "Louis XVI" semble ne comporter aucun terme à expliquer, mais ce n'est pas tout à fait vrai. "Louis XVI" n'est pas "Louis Capet", le nom de l'accusé durant son procès. Cela signifie concrètement qu'il est question du roi et pas de la personne, du dernier roi de la période moderne, le seul à avoir connu l'absolutisme et la monarchie constitutionnelle. A partir de cette observation, il est déjà possible d'établir une ébauche de plan sur un sujet qui paraissait pourtant obscur. De toutes façons, Louis XVI, quand il n'est plus "XVI" n'a plus de rôle dans les institutions et du coup, parler de lui à ce moment, c'est faire un devoir d'histoire et non plus d'histoire du droit et des institutions... Les exemples de manque d'analyse de termes sont nombreux. Il faut se méfier de tout ce qui est général et évident, les mots parapluie (= qui recouvrent beaucoup de choses) ou valises (= qui emportent beaucoup de sens avec eux) sont des pièges : religion, société, marginalité, exclusion, égalité, liberté, communauté... Il faut impérativement préciser le sens qu'on leur donnera dans le devoir.

 

La plupart des hors-sujets découlent directement d'un défaut de bornage dans l'introduction, en vérifiant si la matière est respectée, la période, ou si l'ensemble des termes a bien été compris. Une attitude typique de l'étudiant de première année et qui lui coûte souvent est de croire qu'il sait, que c'est simple, évident... Comme si le savoir était intangible, qu'il y avait des réponses justes uniques aux problèmes... L'ambiguïté, l'incertitude, la remise en cause, les différentes versions sur un même événement ont du mal à passer. 

Particularités propres au commentaire de texte

Le commentaire de texte est plus difficile à rater largement, mais il est plus difficile aussi à bien réussir, ce qui tend à aboutir à des notes plus moyennes, entre 8/20 et 12/20, quand la dissertation a une amplitude plutôt de 5/20 à 15/20. L'exercice consiste dans l'absolu à :

  • citer : avec des guillemets « … » et l'indication de la ligne du texte 
  • expliquer : qu'est-ce que signifie la citation en contexte ? Exemple : si on évoque la « Volonté générale », il est difficile de faire l'impasse d'une explication mentionnant la référence à Jean-Jacques Rousseau et la complexité du principe... 
  • analyser : expliquer, c'est bien, mais ça ne suffit pas, il faut aller plus loin, sous peine de ne pas atteindre / dépasser le 11 / 20. Quelques questions pour donner une idée de ce que signifie "creuser" un texte : L'auteur tient-il un double-langage ? A quoi réagit-il ? Quels sont les vices de son raisonnement ? En quoi est-il représentatif ou non des idées de son époque ? Que nous apprend vraiment ce texte ? ... ?

Les défauts qui ne pardonnent pas :

 

  • Manque de citation : chaque sous-partie doit faire référence au texte (champ lexical ou citations). A moins de trois références textuelles par sous-partie, il y a un problème et un risque de partir en dissertation à partir du texte plutôt qu'en commentaire.
  • Trop de citations : lorsque les citations occupent 30% - 50% ou plus d'une sous-partie, il y a un problème aussi, car l'étudiant ne décolle plus du texte, il l'explique ligne à ligne...
  • Citations en bloc : une citation qui mesure plus de 10 mots est un nid à problèmes car impliquant d'expliquer trop de choses, et au final, se révèle ingérable. Préférer les citations de 3 à 10 mots. Dans le cas de paragraphes entiers très intéressants dans le texte, il vaut mieux procéder : 5 mots + explication, + 5 mots + explications... et ensuite faire une analyse synthétique pour l'ensemble.
  • Paraphrase : il s'agit de redire ce que le texte dit déjà. Pour éviter la paraphrase, il y a une solution simple : pour une ligne de citation, il faut prévoir un minimum de 3 à 5 lignes d'explications & analyses. Et bien sûr, ne pas dire trois fois la même chose pour meubler.
  • Naïveté : non, tout ce qui est dit dans un texte, même par un personnage historique, n'est pas vrai, ni même sincère. Non, il ne faut pas croire tout ce que dit Napoléon Bonaparte ! Une idée apparemment compliquée peut être utilisée pour déguiser une vérité toute simple et inavouable. Les personnes du passé sont autant susceptibles de dissimulation et mensonges et manoeuvres que celles du présent.

 

Voici donc une synthèse des défauts flagrants que j'ai croisé aux détours des copies corrigées. Possible qu'il y en ait quelques uns que j'ai oublié, mais la majorité des problèmes qui ont coûté un paquet de points à leurs auteurs sont là. Bien sûr, je n'ai pas précisé qu'en dissertation un manque flagrant de connaissance coûte aussi, de même qu'en commentaire le fait d'avoir compris le texte de travers...

 

 

En espérant que les erreurs des uns pourront servir à d'autres !

Tag(s) : #Histoire du droit