Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Doctorante en histoire du droit, j'ai pour la deuxième année des groupes de Travaux Dirigés (TD). J'ai décidé d'ouvrir une rubrique "histoire du droit"  pour faire part de ce que j'ai pu observer et puis incidemment pour me donner un encouragement à poursuivre mes recherches sur mon sujet de thèse, une manière de ne pas rester strictement en en tête à tête avec lui.

Les difficultés typiques de l'étudiant de première année

Les étudiants en histoire du droit et donc dépendants de la faculté de droit (mais ça vaut aussi pour d'autres matières appartenant aux humanités) doivent se former en un temps très limité, à un maximum de compétences dont en particulier :

  • être capables d'effectuer des recherches efficaces en bibliothèque ;
  • être capables d'analyser et critiquer un texte ;
  • être capable de problématiser et organiser leur pensée

Le fait est que souvent, les étudiants de première année ont des défauts qui tiennent moins à l'ignorance qu'à une disposition d'esprit qui leur joue des tours. Parmi tout ce qui pose tôt ou tard des problèmes :

  • attendre la fin du semestre pour rendre un devoir sous prétexte qu'il faut aussi en rendre dans d'autres matières... très mauvais calcul. Les devoirs rendus dans les dernières et avant-dernières séances de cours sont souvent très mauvais, bâclés, et en prime, impossibles à rattraper, car il ne peut y avoir de seconde chance ou de réel apprentissage de ses erreurs en arrivant à des délais aussi serrés par rapport aux partiels de fin de semestre
  • croire qu'il n'y a qu'une seule réponse à une question, et donc que cette réponse peut se trouver quelque part, éventuellement sur Internet ou en demandant à ses camarades. Ce travers est sans doute un héritage de l'apprentissage très scolaire du lycée en vue de la préparation du baccalauréat. Il faut après plusieurs années pour désapprendre le réflexe de réponse unique... ce qui est d'autant plus difficile qu'elle continue d'être réclamée dans certaines matières, pour les QCM (questionnaire à choix multiple) en première année, et par la suite avec des questions de cours. Il en résulte des étudiants excellents sur les questions de pur cours et faibles en dissertation ou commentaires
  • croire que les savoirs sont étanches. A force de réviser pour des matière distinctes, les étudiants arrivent à l'université en croyant que ce qu'ils apprennent dans un cours une année ne sert que pour ce cours, cette année... c'est passer complètement à côté de l'enjeu principal. Le droit civil n'est pas isolé du droit pénal, qui n'est pas déconnecté de l'histoire du droit (en particulier pour la doctrine et les débats) ou de la sociologie (criminologie, ...). Il est impossible de devenir à terme un bon professionnel en se comportant de manière "autiste", en séquençant et isolant chaque domaine. En pratique, tout est lié, le découpage des savoirs pour l'enseigner n'est qu'un pis aller, quelque chose qu'on fait faute de mieux. Malheureusement il conduit à l'illusion qu'il est possible vivre d'être un hyper spécialiste... S'il est vrai que ces vingt à trente dernières années, la spécialisation a été largement promue, nous entrons désormais dans une période de mouvement inverse, avec une progressive valorisation de la pluridisciplinarité et du travail d'équipe entre personnes de spécialités différentes, ce qui implique d'être capable de connaître un peu le domaine de l'autre, ne serait-ce que pour le comprendre. En somme, c'est à tous les niveaux un non sens que d'apprendre des tranches de savoirs saucissonnées.
  • venir passivement en cours. Souvent les étudiants s'installent et attendent simplement que l'heure passe, sans préparer les textes qu'ils doivent lire et sans préparer les devoirs qu'ils ne comptent pas rendre. C'est une mauvaise politique car elle revient à ne tirer strictement aucun profit du fait même d'avoir des travaux dirigés, à ce compte, autant travailler seul avec des livres. Cette attitude a une conséquence très simple : les étudiants concernés ne peuvent compter que sur leur mémoire courte pour l'examen final, ils se sont coupés toutes les chances de développer leur mémoire longue, celle qui restera. Sans implication personnelle (prendre le temps de lire et de se préparer), sans "prise de risque" (parler devant la classe !!), sans mise à l'épreuve de ses connaissances et de ce qu'on croit avoir compris (en répondant aux questions ou en en posant pour préciser les données), il n'y apas de réel apprentissage, un apprentissage durable, qui ne soit pas qu'un passage en coup de vent à l'université, du genre qui ne laisse aucune trace hormis le souvenir de s'être ennuyé... En somme, sans se donner les moyens d'apprendre, on perd réellement son temps.

 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9036449m/f1.highres

Bibliographie & articles connexes

Tag(s) : #Histoire du droit