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Pour remonter plus haut : chapitre 1 ; chapitre 11.

 

 

 

D’un geste décidé de la main il dégagea un pan du miroir couvert de buée de sa salle de bain. Pendant un long moment il avait pris une douche très chaude pour détendre les muscles de son cou et de son dos des tensions accumulées et de la douleur fantôme des coups reçus. Au début elle avait été très vive, à la limite du supportable et il avait craint de devoir se retirer de cette mission, ou à tout le moins, de faire appel à des renforts, le retard dans l’organisation compromettait les chances d’atteindre l’objectif.

 

A présent le choc s’atténuait et il reprenait des forces. Cela avait fait bien trop longtemps qu’il ne s’était pas réellement reposé ni n’avait pris le temps de se nourrir. Pour lui avaient été prioritaires de s’y retrouver dans la ville, de prendre ses repères, et puis de saisir l’opportunité qui se présentait à lui. Le bon côté des choses était que visiblement tous ses disparus étaient réunis dans une sorte de groupuscule aux intentions douteuses, peut-être même inquiétantes d’après ce qu’il avait vu.

 

Bien sûr au début il avait seulement pensé à des sortes d’activistes politiques paranoïaques comptant dénoncer l’action d’une puissante firme par des moyens illégaux, en proclamant qu’ils étaient en état de nécessité, qu’il n’y avait aucune autre solution pour faire triompher la vérité, la justice, le bon droit ou quoi que ce soit d’autre. Réunions et direction vers le centre Transparence utilisé par la Société Lucidité pour le Projet Éveil, tout cela cadrait avec sa supposition première.

 

Pourtant la tournure des événements à la sortie lui laissait… Il avait voulu les suivre de nouveau pour enfin découvrir la motivation réelle du groupe, ou bien sa base, ou encore son commanditaire, quelque chose d’utile qui ne le laisserait plus tributaire du hasard.

 

Encore maintenant il se demandait comment il avait pu se faire repérer. Quand le groupe s’était séparé après le cambriolage, Anskri avait été certain que personne ne l’avait remarqué. A ce moment il avait fallu choisir qui il allait filer. Son impression était que « Cassie » la jolie brune au caractère si sec était celle qui dirigeait, distribuait les instructions. Devant le centre, elle avait donné des directives de quelques gestes précis. Elle connaissait les lieux. Elle avait les codes pour entrer par la porte de service. A bien y penser sa coupe de cheveux était le signe qu’elle avait la préoccupation de son apparence, ce qui est rarement le cas dans un groupe d’extrême gauche.

 

« Cassie » était celle qu’il devait identifier pour comprendre ce qui se passait.

 

Seule, elle n’aurait pas dû constituer un risque sérieux. Même si elle jouait les durs, il était évident pour lui qu’elle ne faisait pas ça de manière très naturelle et son application concentrée ne compensait pas quelques lacunes dues à l’inexpérience. Trop sûre d’elle. Du moins c’est ce qu’il avait pensé un moment.

 

Jusqu’à ce qu’il se retrouvât dans une ruelle sombre, ayant perdu de vue la jeune femme et voyant surgir du coin de l’œil une forme qui évoquait une furie assoiffée de sang, les mains devenant de longues griffes acérées ! Dans ces circonstances il ne pouvait même pas être certain que c’était bien Cassie qui l’attaquait… Il lui avait semblé tout au plus que la chevelure de son adversaire frénétique et d’une vivacité effrayante était la sienne.

 

Des quelques secondes d’affrontement il n’avait reçu qu’une griffure douloureuse mais superficielle et des coups assez forts dans la poitrine, au point qu’il s’était senti projeté contre le mur.

 

A cet instant précis, deux choix s’étaient offerts à lui : entrer en lutte à mort, il avait des chances de gagner, mais à quel prix ? Ou se replier, panser ses blessures, aviser. Prudent, Anskri décida de disparaître. Son adversaire ne lui rendit pas les choses faciles, mais après plusieurs minutes il l’avait semée et avait pu se mettre en route vers son refuge.

Restait à présent à étudier les maigres éléments qu’il avait engrangés pour enfin disposer d’une piste exploitable et fructueuse.

 

Tout partait de Cassie. Elle avait pu étudier suffisamment bien le bâtiment du Centre Transparence pour qu’il la soupçonnât d’y avoir travaillé. Qu’elle connût le code signifiait que d’une manière ou d’une autre, elle avait eu accès à des données confidentielles. Stagiaire de bureau ? Secrétaire ? De toutes façons elle n’avait pu acquérir ses connaissances que dans les mois précédents tout au plus, il devrait donc être relativement facile de déterminer son identité. A partir de là ce serait sans doute plus simple, surtout si elle continuait à y travailler.

 

Resterait à déterminer pour qui elle officiait, car Anskri en était convaincu, cette femme était une exécutante. Il était même prêt à parier que la furie dont elle avait semble-t-il était capable tenait d’une manière ou d’une autre au cerveau de l’opération… De cela il fallait avoir le cœur net.

 

Quelques pas vers la fenêtre de la petite pièce pour l’ouvrir et laisser s’échapper la brume, caresser du regard le quartier où il logeait. Une journée pluvieuse, des enseignes lumineuses, électriques, modernes, pimpantes, acides…


Il était temps de repartir.


 

...


 

 

La suite au chapitre 13...

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