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Suite de l'exploration des structures narratives visibles dans les aventures de Sherlock Holmes par Arthur Conan Doyle. Il est question ici d'examiner la manière dont le crime et les criminels sont imaginés. Les nouvelles et romans comportent assez peu de morts, si on compare avec les standards actuels où la surrenchère est constante. La popularisation de la figure du serial killer, peut-être aussi les deux guerres mondiales avant cela, ont habitué les lecteurs à un degré de violence assez élevé. Au XIXe siècle, l'horreur est moins orientée sur la masse, le nombre de cadavres, que sur le soin porté à chaque cas, décrit avec soin. Le simple fait de détruire l'harmonie rassurante du quotidien est déjà en soi un choc. De nos jours, l'effet réel d'un crime sur les proches est toujours aussi violent, mais la fiction présente des investigateurs moins sensibles, d'un professionalisme froid généralisé (médecins légistes, experts divers, profilers...). Il y a plus de détachement et d'approche clinique. Or plus les personnages de fiction sont moralement forts, entraînés, intouchables... et plus il faut une intrigue musclée pour les mettre à l'épreuve. 

 

Au final, le choix qui se présente pour l'Auteur d'histoires comme pour le Meneur de Jeux de rôle (JdR) est de déterminer le mode qu'il choisira :

  • protagonistes "humains" où chaque mort est un drame qui impacte tout autour... et donc soin apporté au détail pour donner de l'importance à l'individu
  • ou protagonistes "froids", armés pour affronter une surrenchère de violences, de crimes, d'atrocités... et dans ce cas, l'effet et le rythme glissent sur le drame individuel qui freine l'action

 

Liens & références :

 

 

  • Livres
    • Hélène Machinal, Conan Doyle – De Sherlock Holmes au professeur Challenger, Presses Universitaires de Rennes, 2004. L'auteure a réalisé une thèse sur Arthur Conan Doyle, thèse dont est tiré cet ouvrage. Il se lit très bien, le contenu est tout à fait intéressant et convaincant. Un seul défaut gênant à mon sens : il est nécessaire de connaître au préalable la majorité des livres et nouvelles pour comprendre les développements qui sont faits, car l'auteure ne résume pas les intrigues auxquelles elle fait référence... Cependant, à défaut, un rapide tour par Wikipédia permet de connaître dans les grandes lignes ce qui pouvait manquer.
  • Articles autour des aventures de Sherlock Holmes
  • Articles connexes sur ce blog
    •  Bibliographie artlandaise : Artland est un cadre XIXe siècle permettant d'explorer notamment des ambiances comparables à celles des aventures de Sherlock Holmes. Cet article rassemble les liens vers les autres articles d'inspiration du blog qui ont une thématique artlandaise et présente liste des ouvrages et articles consultés dans le cadre du développement du cadre artlandais
    • Article sur les fausses pistes, elles sont tirées des romans d'Agatha Christie, et peuvent donc être comparées sur la méthode avec la technique de la mise en scène dans les aventures de Sherlock Holmes
    • Le grotesque est un genre qui est parfois utilisé par Conan Doyle pour renforcer l'aspect dramatique de ses crimes ou criminels
    • Les peines en Artland : qui risque la peine de mort, l'exil, la prison...
    • Les îles pénitentiaires de l'archipel de Kell : pour une institutionalisation de l'idée d'île-prison, dans une thématique légère ou bien gothique et horrifique
    • Lumière (H) - Le sentiment de culpabilité : lien entre insertion sociale, empathie et sentiment de culpabilité
    • La déculpabilsation : stratégies psychologiques mises en oeuvre pour ne pas se sentir coupable, notamment de la part des criminels

 

 

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/b/b9/Wisteria_Lodge2.jpg

 

 

Crimes et criminels

Motivations

 

Les mobiles principaux des criminels dans les enquêtes de Sherlock Holmes sont l’argent et la vengeance. Le profit se présente sous la forme d’un héritage, d’un cambriolage, de fausse-monnaie, de spéculation sur les courses de chevaux, de vente de documents confidentiels, d’abus de confiance… Dans l’œuvre d’Arthur Conan Doyle, la vengeance et la jalousie prennent de plus en plus d’importance, supplantant la seule avidité.

 

Des criminels effrayants

 

Au fil des recueils, les criminels et leurs motivations deviennent de plus en plus inquiétants. Les enquêtes sont « [contaminées] par le monstrueux, l’exotisme, la folie, l’obsession, la manipulation, l’abondance de cadavres, ainsi que par un certain type de criminels qui sont soit des professionnels, soit des figures de la société. » (Hélène Machinal, 2004, p.55). Certains criminels sont effrayants simplement par leur aspect physique, ayant une origine exotique qui paraît leur conférer une brutalité et une sauvagerie telles qu’ils sont capables du pire et que leurs actes dépassent l’imaginable. D’autres sont si habiles à se dissimuler qu’ils n’hésitent pas à se faire passer pour des victimes, des clients ou à assister aux conséquences de leurs actes sans laisser paraître d’émotion.

 

 

Traduction FIM : Ces indications de descriptions peuvent être aisément transposées en statistiques de jeu. Ainsi en est-il de traits de Charisme (CHR) tels que « Intimidant », « Effrayant », ou « Menteur remarquable ». Dans tous les cas, les valeurs sont conséquentes, (+4) ou (+6), parfois (+8) dans le cas de criminels susceptibles de marquer une carrière.

 

 

Défiguré

 

L’atteinte grave au visage est au cœur de plusieurs intrigues, traitée comme un élément dramatique majeur : une femme est voilée car sa face fut partiellement dévorée par un fauve ; un criminel est puni par du vitriol qui lui est jeté à la figure par une ancienne victime ; la lèpre dévore la chair d’un malheureux qui effraie le client… Mutilation dans ce qui constitue l’identité, la défiguration peut être mise en parallèle avec tous les questionnements autour de l’être, les doubles-vies et secrets inavouables.

 

Monstres

 

Les monstres sont présents de deux manières. Il peut s’agir d’animaux sauvages ou dressés, dangereux, utilisés par un criminel diabolique tel un serpent venimeux ou un chien de combat. Plus terrible est cependant le cas où le criminel devient lui-même un monstre. Il peut s’agir d’une abomination morale amenant à commettre des actes si révoltant qu’il est insupportable d’admettre l’appartenance à l’humanité de celui qui les commet ; ou alors une dégénérescence, une chute au cours du récit : défiguration, absorption de substance amenant à un comportement bestial… Dans certains cas enfin, le monstre est une victime innocente, contrainte de se cacher de la société depuis la terrible agression qui l’a défigurée et coupée du monde des humains. Pour l’essentiel, le monstre est associé à l’exotisme par une origine étrangère et une fascination pour le lointain, hors de la civilisation. 

 

Dérangement

 

Obsessions et idées fixes s’imposent aux criminels qui ne reculent devant aucune démesure pour les accomplir. La possession, la domination d’autrui explique tous les efforts et les cruelles manipulations. En même temps, le criminel qui suit son obsession semble avoir des facilités quasi surnaturelles à accomplir les crimes qui lui sont nécessaires.

 

 

Traduction FIM : Les monstres obsédés par une unique ambition seront aisément marqués par une psyché à Ombre dissonante (D) d’au-moins 4. Ce faisant, ils ajoutent comme dérangement l’obsession à ce même degré. Ils bénéficient donc d’au-moins 4+4 soit (+8) sur toutes les actions au service de leur cause ténébreuse, avec éventuellement une capacité à la domination qui donne l’impression d’un regard hypnotique et envoûtant.

 

Un temps long

 

Le crime est préparé, pensé longuement à l’avance, au point que le moyen de mettre en place l’assassinat devient raffiné, cruel, implacable. Tout est mis en œuvre pour ne laisser aucune chance à la victime et assurer une parfaite mise en scène du meurtre qui ne pourra pas être imputé à son auteur.

 

Une mort révélatrice

 

Le cadavre est décrit avec minutie et un sens de la métaphore qui montre sa réduction à la plus simple animalité grotesque. L’expression du défunt révèle l’horreur qui l’a saisi au moment de son décès et par là donne une mesure effrayante à l’inconnaissable, à la mort. La contemplation du visage d’un mort fait entrer dans le domaine de l’interdit, de ce qui n’appartient qu’au divin et au sacré. La transgression que constitue ce regard peut paralyser et épouvanter celui qui découvre la dépouille mortelle. La puissance de la mort est alors presque surnaturelle.

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/c1/Reig-05.jpg

Tag(s) : #Inspirations, #Civ - Artland, #Crime & Enquête, #Littérature