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Florent Montaclair présente un autre angle d'analyse, également assez porteur me semble-t-il, à savoir que le vampire n'est rien d'autre que la quintessence du héros romantique. Attention, il faut bien entendre "romantique" au sens de l'époque, et non pas selon le second sens qui lui est venu au XXe siècle, à savoir une histoire un peu larmoyante, à l'eau de rose, nostalgique et portant sur le temps qui passe, les occasions manquées etc. Ici, on est dans le noyau dur, celui des passions violentes et de la souffrance de vivre.

 

Bibliographie & articles connexes

 

 

Associations de thèmes aux vampires du XIXe siècle

La recherche de l’immortalité par l’exploration d’anciens monuments est perturbée par l’amour, lui aussi éternel et universel. Le vampire représente la véritable immortalité.

Eucharistie & vampirisme.

Les auteurs du XIXe siècle ont volontiers mis l’accent sur la confusion entre les rites religieux du catholicisme et le vampirisme, entre le Bien et le Mal. Il s'agit là bien évidemment d'une tendance à la subversion et une provocation. 

Rose & vampirisme.

Rouge, rose, blanche, ensanglantée, dotée d’épines, faisant couler le sang, la rose devient une métaphore du vampire. Il peut être intéressant à ce propos de noter que la période est aussi très riche en associations d'idées autour des thèmes suivant :

  • la rose est LA fleur par excellence depuis plusieurs siècle déjà 
  • fleur & jardin
  • jardin & sexualité
  • sexualité & mort
  • femme & nature végétale
  • orgie de sang et d'érotisme dans des jardins mortifères
  • par suite la rose est une femme, et une femme dangereuse et mystérieuse qui vide l'homme de sa substance (voir à ce propos la figure ultra misogyne du célibataire à la fin du XIXe s.)  
  • ...

Les types de vampire.

Par association avec les classes de la société qui « saignent » la population, les vampires seront volontiers des nobles, des ecclésiastiques et des séductrices. Il est amusant de trouver là une partie des archétypes qui serviront fin du XXe siècle pour les grands types de vampires en Jeu de Rôle... 

 

 

Le vampire comme héros romantique

 

Dès les récits fondateurs de Polidori, le vampire acquière de nouveaux traits qui le distinguent nettement de son prédécesseur d’Europe orientale. Il devient en quelques sorte le héros romantique, sombre et tourmenté par excellence. Séducteur froid avec Lord Ruthwen, amoureuse possessive pour Clarimonde, lesbienne fascinante et destructrice pour Carmilla, figure tragique et grandiose pour Dracula...

Boire du sang & tuer.

Principal signe distinctif du vampire, il boit du sang et tue ses victimes. C’est le seul aspect qui reste véritablement de la version traditionnelle de la créature, et c’est également la raison de confusions avec d’autres prédateurs buveurs de sang comme les striges ou lamies.

 

Noble.

La plupart des vampires du XIXe siècle comme la majorité des héros des romans de cette époque sont des aristocrates alors qu’ils n’étaient que paysans en Europe orientale. Cette situation leur permet de représenter un type positif dans le cadre des représentations sociales. Les nobles ont par ailleurs accès à toutes les sphères sociales, ce qui élargit les possibilités d’aventures.La noblesse implique alors une bonne éducation, l’accès aux salons parisiens et londoniens, les châteaux gothiques, les voyages en Grèce et en Italie, les serviteurs, l’argent…

 

D’étranges domestiques.

Progressivement s’impose l’idée que les serviteurs des vampires doivent être étranges, orientaux, et même diaboliques. En même temps, le vampire vit de plus en plus coupé de la société normale. La nature maléfique du vampire détruit ou corrompt. Seuls les autres vampires, les fous ou les exclus de la société (comme les Bohémiens) peuvent les fréquenter dorénavant.

 

Sortir le jour.

Il n’est pas concevable que le vampire puisse réellement vivre au milieu de la société humaine en ne sortant que la nuit. Cet argument narratif pousse les auteurs à négliger son caractère nocturne ou l’atténuer : il est faible le jour, se renforce à certaines phases lunaires…

 

Isolé.

Pour garder son caractère fantastique, le vampire se doit d’être singularisé, isolé et seul dans son cas. Pour être réellement surnaturel, le phénomène du vampire doit être unique. Cette observation vaut également pour les fantômes, les sorcières ou les loups-garous. Quand ils sont nombreux, ils deviennent des forces « naturelles », nuisibles et effrayantes, mais ils ont également perdu leur aptitude à provoquer une rupture dans le monde normal. Le héros romantique est par ailleurs nécessairement solitaire par le poids que la destinée fait peser sur lui.

 

Beau ténébreux.

Il effraye et séduit à la fois, ce qui est, hors de la seule figure du vampire, une caractéristique des héros romantiques. Ce type de personnage alterne entre la mélancolie, la miséricorde, et puis la dureté, le dédain et la cruauté. Le caractère est contrasté et le regard fascinant.

 

Maudit.

Les figures romantiques portent une douleur morale ou sociale qui les met à l’écart de la société, leur interdisant toute vie normale. Les vampires sont confrontés à une version supérieure de cette marque. Ils sont littéralement maudits, les ennemis du Bien et de Dieu. Ce malheur exceptionnel les grandit d’autant. Les victimes du vampire, ceux qui l’entourent ou bénéficient de ses largesses sont également touchés par cette corruption, tombant dans la plus affreuse misère ou périssent sur l’échafaud…

 

 

 

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Miss Binney

David Octavius Hill  (Scottish, Perth 1802–1870 Edinburgh)

Metropolitan Museum of Art

 

 

 

Tag(s) : #Inspirations, #Gothique, #Civ - Artland, #Littérature