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Le fantastique voit son sens progressivement étendu à des récits où le surnaturel n’est pas l’essentiel, ce qui prime est l’émotion ressentie par le lecteur, en particulier, l’inquiétude et l’angoisse. L’individu se confronte à ses effrois propres, lesquels sont liés à l’époque durant laquelle il vit. L’étude de la figure du personnage principal des récits de la fin du XIXe siècle pourrait, d'après Nathalie Prince, auteure d'une étude de littérature comparée sur la question, être la clef même de la compréhension des nouvelles épouvantes de cette période. Une figure revient dans une majorité écrasante de récits, au point qu’elle doit attirer l’attention : le célibataire est le personnage principal. En cela les romans fantastiques « fin de siècle » se distinguent des récits gothiques des périodes précédentes où une femme, victime à des degrés divers, est au premier plan.

 

 

 

Bibliographie et articles connexes

  • Nathalie Prince, Les célibataires du fantastique - Essai sur le personnage célibataire dans la littérature fantastique de la fin du XIXe siècle, L'Harmattan , 2002
  • Index - Artland : bibliographie et liste des articles sur une ambiance "fin XIXe s."
  • Sherlock Holmes - Mise en scène : un célèbre célibataire de fiction ...
  • 20 000 lieues sous les mers : ici aussi les personnages sont... tous célibataires... et pas l'ombre d'une femme à l'horizon... tout se passe comme si la neutralité de l'action pure et de la pensée pure ne pouvaient se satisfaire d'une présence féminine et d'ailleurs, elle ne semble manquer à personne...
  • Reflets : roman fantastique se déroulant en Artland... et dont la plupart des protagonistes sont... célibataires... je n'avais pas fait attention que j'utilisais si nettement les codes du genre. En revanche, les personnages féminins sont plus importants et les hommes n'y sont pas obstinément misogynes ou misanthropes. 
  • Isis et la magie romantique : pour une meilleure appréhension de la vision du surnaturel au XIXe s.
  • Peuple - Les Artlandais : éléments de création de personnage pour jouer des investigateurs ou aventuriers dans le cadre artlandais
  • Bases de la création de personnage FIM : ingrédients et démarches
  • Lumière (H) - Le sentiment de culpabilité : quelques ressorts psychologiques et dramatiques autour de l'insertion sociale et de l'aptitude à ressenti de la culpabilité

 

Caractéristiques du célibataire

 

Un célibat ostensible et affirmé

Le personnage ne cherche pas à se marier, il vit dans une indépendance vécue comme un privilège. La plupart des actants des histoires sont célibataires : personnage principal, victime, narrateur, créature fantastique. Il s’agit d’un homme seul, d’âge mûr, ne déclarant ni femme ni enfant et revendiquant une parfaite indépendance.

 

Toujours un homme.

« Non mariée, la femme est fille ou « reste fille » : c'est-à-dire rien » (Nathalie Prince, 2002, p.13). Les rares vieilles filles de la littérature fin-de-siècle sont des caricatures. « La femme, réputée naturellement apeurée, craintive, stupide et coquette ne peut tendre à la même crédibilité que le célibataire, et ne saurait avoir les mêmes réflexes face à un événement étrange qu’un homme réfléchi, à l’esprit rassis, entièrement disponible pour analyser le phénomène qu’il a sous les yeux. » (Op.cit. p.13-14).

 

 

 

Personnages féminins : Cette nécessité de la masculinité du personnage principal est une des raisons qui me font préférer un cadre fictionnel comme Artland pour jouer une ambiance fin-de-siècle ou « gaslight ». Incarner une femme dans l’histoire réelle est soit artificiel, soit une source de handicaps sociaux si nombreux qu’ils sont à peine surmontables. Chaque action est laborieuse : être indépendante sur le plan économique, faire des études, être considérée pour ses qualités intellectuelles… Artland permet de jouer sereinement un personnage féminin dans un environnement riche en possibilités dramatiques.

 

Désirer la solitude.

 

Contrairement à la majorité de la société, le célibataire du fantastique a choisi sa solitude, toute en entretenant avec elle « une relation équivoque et ambiguë, étrange et problématique » (Op. cit. p.14). Il peut être à la fois misogyne et misanthrope. Il s’agit d’un profil taillé pour l’intrigue dramatique. Il vit chez lui, se cultive, évite ses contemporains, « il aime à se contempler, à s’analyser, parfois jusqu’à l’outrance et au dégoût » (Op. cit. p.14).

 

Une philosophie du célibat

 

Le célibat se vit comme un mélange de libertarisme, d’hédonisme, mais également aussi de pessimisme. L’idée est que « l’artiste ou l’homme libre ne peuvent exister pleinement dans le mariage » (Op. cit. p.25). Seul le célibat permettrait d’être écrivain. Il s’agit ainsi d’un mode de vie, un choix presque métaphysique, une manière de s’entourer de mystère et d’entretenir une légende.

 

Le refus d’engendrer.

 

Il refuse de donner la vie, d’avoir des enfants, et ce faisant « est forcément scandaleux et nuisible pour une conscience bourgeoise qui affectionne les apparences morales et les valeurs familiales. Il évoque […] la mort et la fin des temps, l’infamie et la corruption. Il n’est pas seulement celui qui insulte la nature, mais aussi et surtout celui qui outrage sa race en refusant de la perpétuer. » (Op.cit. p.14) Un grand nombre de société considèrent fort mal les célibataires endurcis, ceux qui ne passent pas le seuil du mariage et par là n’accèdent pas à la vie sociale, aussi le célibat est-il une forme d’affirmation de son individualité et de sa modernité au travers de ce refus. Pour peu que le célibataire soit rentier, il semble coûter plus qu’il ne rapporte à la société.

 

Défaitiste de l’amour.

« Déçu par les amours terrestres, le célibataire pervertit le désir ordinaire, recherche des objets nouveaux ou étranges, et inaugure des délices interdites. » (Op. cit. p.14-15) Incapable de se satisfaire du bonheur conventionnel de la société bourgeoise, il se rend disponible à toutes les déviances réprouvées dans sa société : narcissisme et dandysme, drogues, fétichisme, amour d’un fantôme, d’une morte, d’une momie, d’un vampire…

 

Avec la tendance dans les historiques des Joueurs ou dans les fictions à placer les traumatismes dès l’enfance et l’adolescence, il n’est plus nécessaire d’être trentenaire ou quadragénaire pour être blasé et en quête de « quelque chose d’autre ». Les 25-30 ans font désormais de bons candidats aux profils sombres et tourmentés... En fait, dans les mangas, il est possible d'avoir à peine 15 ans et déjà pratiquement cette allure : solitude, rejet de l'autre, sentiment de pouvoir se suffire à soi-même... 

 

Le profil de "défaitiste de l'amour" ou la tendance à l'amour funeste offrent une bonne base de départ pour proposer des dérangements thématiques, développés plus avant dans un article sur FIM et la marche vers la folie. 

 

Peur de l’intime.

 

Pour un individu qui fuit le monde et se réfugie chez lui, avec un mode de vie casanier, le fantastique pour se manifester doit faire irruption dans le quotidien et donc surgir dans l’univers intime du foyer. La peur qui entre dans la maison interpelle sur une peur de soi. « Dans cette culture de soi-même, le célibataire découvre une partie sauvage, inédite, étrange, celle-là précisément que la science de l’époque s’apprête à observer sous la forme des névroses et autres folies. » (Op. cit. p.15)

 

La chute inévitable

 

Tôt ou tard, le célibataire du récit fantastique est confronté à une chute : la prison, l’aliénation, l’internement, le suicide ou un procès pour meurtre. Crime et folie étant très proches dans les idées de l’époque, le sort final semble être inéluctablement la mort ou la folie.

 

 

 http://images.metmuseum.org/CRDImages/ph/web-large/DP244481.jpg

 

 

Call

Otto Steinert  (German, 1915–1978)

Metropolitan Museum of Art

Tag(s) : #Inspirations, #Gothique, #Civ - Artland, #Crime & Enquête, #Littérature