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Souvent en Jeux de Rôle (JdR), le cadre "type XIXe siècle" met en avant les bas-fonds, les crimes, la lutte des classes, l'arrogance des puissants, les sociétés secrètes, les mystères, les inventions aux conséquences dramatiques, les occultistes invoquant des démons ou des entités dont la nature défie l'entendement. Artland permet certes d'aborder ces thèmes, mais propose également un angle plus léger, passant par l'anecdote et l'inattendu pour arriver dans l'aventure, varier davantage les ambiances et problématiques.

 

Le monde marginal de la bohème est proche des nomades vesmeri comme des franges criminelles ou des aventuriers qui partent au loin a des chance d'être un milieu apprécié par les Personnages Joueurs (PJ). Cependant en même temps que la fête est omniprésente, elle est toujours proche du drame, de la rupture et de l'abandon... La bohème est un mode de vie intermédiaire et temporaire, entre joie et misère, espoir et déchéance.

 

 

 

 

Bibliographie et articles proches :

 

 

 

 

 

http://images.metmuseum.org/CRDImages/ep/web-large/DT1913.jpg

 

 

Dancer Onstage

 

Edgar Degas  (French, Paris 1834–1917 Paris)

Metropolitan Museum of Art

 

 

 

 

 

 

Misère joyeuse et insolente, vouée à des intérêts supérieurs, inaccessibles à la bourgeoisie.
La bohème est un objet de mélancolie future.  

 

 

 

 

La vision de la bohème

Entre paradis esthétique et enfer miséreux

Nostalgie idéalisée

La vraie bohème est toujours celle d’hier, les anciens projetant beaucoup sur leurs années de jeunesse et de fêtes, teintant leurs commentaires de mélancolie et de nostalgie… L’image est celle de cheveux assez longs et libres, des vêtements longtemps portés, les doigts tachés d’encre ou de tabac, le verbe leste, une existence au jour le jour, l’amour de l’Art, des grisettes, la haine du travail réglé et quotidien…

Précarité économique

La bohème des artistes, écrivains et musiciens tient en partie à la précarité économique des débutants dans ces professions. Les marges créatrices comprennent autant de futurs références qui font là leurs premières armes, que des aigris qui abandonneront en maudissant l’injustice qui s’acharne contre eux et méprise leur talent, leur génie demeurant incompris. Tous sont célibataires, le mariage ou la vie de famille impliquant de se plier à un rythme plus stable… au risque de devenir des bourgeois.

Une élite par sa marginalité

Comment prétendre à l’excellence, à une élection du génie chez une minorité d’individu, sans heurter l’idéal démocrate par lequel tous ont les mêmes droits et mêmes potentialités ? L’artiste, par sa marginalité, son destin hors norme, tout en étant issu du peuple et son porte parole, réussit à réaliser une synthèse improbable entre ces aspirations incohérentes. Tout vient au fond de l’idéalisation d’un système aristocratique perdu dans lequel le talent était inné, de naissance, par l’appartenance à une caste. L’artiste se distingue car touché par une grâce presque religieuse et incompréhensible.
La dissonance est quelque peu réduite en Artland du fait de certains principes : tous les citoyens sont égaux, mais chacun est tenu de trouver la voie qui lui correspond pour se réaliser. Celle-ci inclut une vie privée et la réalisation de projets personnels. Un accès à l’éducation et à la santé est nécessaire pour permettre à chacun une lucidité et autonomie suffisante à la détermination de ses goûts et des moyens de les vivre. Dans une telle perspective, il y a une égale dignité entre un artiste-peintre et une mère de famille qui met toute son énergie à gérer son potager et sa maison, tout en réalisant des travaux manuels et en participant à la vie du village. Les seules personnes indignes sont celles qui ne se choisissent pas de projet, qui ne peuvent se donner un but passé 25 ans à 30 ans, ou celles qui proclament des aspirations sans faire le nécessaire pour y parvenir ou s’en rapprocher…

La guigne

S’attachant à de sombres puissances, quasi-infernales, les bohèmes ne sont pas loin de croire en la Fortune aveugle, maîtresse du monde. Plus simplement, ils parlent volontiers de la « guigne » qui poursuit l’un ou l’autre. Attachée souvent à cette malchance, la « dèche » est le manque d’argent, de facilités matérielles et financières.

En termes de jeu, la « guigne » peut se traduire par un trait de Chance tendant à courber le destin pour s’opposer à un objectif de vie bien identifié du personnage : devenir un artiste reconnu, faire un bon mariage… La guigne touche des domaines en lien avec l’argent, elle s’oppose à l’enrichissement et à la gloire sociale. Elle est souvent liée avec une dissonance en Lumière, induisant une tendance au matérialisme, à une forme de cynisme envieux. 

 

Une proximité avec le grotesque

Définir le grotesque

Les œuvres grotesques s’attachent à reconnaître une même fascination à la beauté et à la laideur, une stupeur frappant le spectateur ou le lecteur. La séduction cependant des horribles beautés et des belles horreurs a longtemps été considérée comme subversive, capable de détourner du Bien qui doit rassembler seule le beau et le juste, tandis que le Mal doit être exclusivement repoussant et évité. « C’est l’alliance de l’inoffensif et du dangereux, de l’innocent et du malin, du bénin et du grave » (R. Astruc, 2010, p. 11). 

 

Caractéristiques

Genre difficile à classer et identifier nettement, le grotesque comporte tout de même un certain nombre de caractéristiques propres (pour plus de détails voir article sur le grotesque dans la bibliographie):

 

  • Ambiguïté
  • Impossibilité
  • Imperfection
  • Caricature sociale
  • Inadaptation
  • Exagération & provocation

 

Liens vers les ombres

Le grotesque est associé aux auteurs libertins, marginaux, voleurs, débauchés, constamment sur les routes, à la manière de vesmeri. Établir une proximité avec la bohème la peint sous une face sombre et inquiétante, assurément dangereuse et au-delà de toute rédemption ou capacité à s’intégrer dans la société bourgeoise. En un sens il y a quelque chose d’infernal dans cette assemblée perdue qui célèbre sa déchéance et sa damnation. Dans leurs récits, l’obsession de l’argent, vital et vain, prend l’aspect d’un martyre, la famine de celui qui se voit mourir dans un dénuement vécu comme injuste, le fait d’une puissance extérieure.

 

Mauvaises herbes

Les bohèmes comme les grotesques sont récalcitrants au bon ordonnancement de la société, ils la trouvent conventionnelle, bornée, procédurière… Eux sont les ronces, les orties et les champignons qui envahissent les lieux abandonnés, qui poussent au grand dam du jardinier aux allées bien droites et bien entretenues. Ils prolifèrent, on ne peut les contrôler ou les museler, ils sont plein d’énergie et de vitalité.

 

Autodérision et ridicule

De tous temps, les bohèmes sont voués à un sort tragique mêlé de ridicule. Ils sont volontiers représentés en train de mourir et souffrir des suites d’un pari stupide qui a mal tourné ou un accident si bête et banal qu’il humilie le grand génie amené par ailleurs à traverser les siècles. Il y a un contraste entre la destinée de la postérité et la faiblesse insignifiante de la vie humaine. La joie grasse le dispute à la mélancolie. La mort est causée par la famine et le froid, ou au contraire, lors d’une phase d’abondance et ripailles.

 

La bohème initiatique

Le récit d’éducation peut se confondre avec les genres issus de la bohème pour aboutir à une structure narrative en trois phases :

 

1. Privation et projection dans le futur,

2. Passage par la bohème initiatique (théâtre, communauté…)

3. Intégration d’un ordre social et mort de la bohème (mariage bien doté…)

 

La bohème n’est qu’un passage instable et intenable. Celui se refuse à quitter cet état est condamné à mourir dans le dénuement et l’absurdité. Quant aux étapes du récit, elles confrontent le héros aux thèmes de la bohème : errance, quête de reconnaissance, l’orgueil de sa marginalité, le risque d’être dévoré par le personnage joué devant les autres.

 

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/2/2c/Edgar_Germain_Hilaire_Degas_002.jpg/458px-Edgar_Germain_Hilaire_Degas_002.jpg

Edgar Degas (1834-1917)

 

Ballet vu depuis une loge

Wikimédia Commons

 

 

 

 

Tag(s) : #Civ - Artland, #Crime & Enquête