Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

En lisant un ouvrage consacré à la manière dont les écrivaines de la Belle Epoque parlaient des hommes dans leurs romans, j'ai relevé quelques structures typiques d'histoires dont une figure féminine est l'héroïne plus ou moins mélodramatique. Il s'avère que ces trames se retrouvent encore à peu de choses près dans la fiction contemporaine destinée à un public féminin. Vous reconnaîtrez peut-être des téléfilms ou romans construits autour de thèmes plutôt indémodables en fin de compte...

 

Les structures sont assez simples et aisément adaptables pour concevoir des variantes d'époques et d'ambiances. Sur le plan de la conception de scénarios de Jeux de Rôle en revanche, il n'est pas évident de proposer une application car ces histoires restent focalisées sur un seul personnage principal : la jeune fille. Qui plus est, la trame est désormais tellement convenue que les Joueurs la verraient venir de loin.

 

Bibliographie & articles connexes

 

Le thème de la séduction de la jeune fille

Deux hommes

 

La trame comporte souvent deux hommes de deux types opposés :

 

  • Le séducteur : ambitieux, intelligent, égoïste, de belle apparence, audacieux, parfois de haute naissance mais ruiné, ou bien en pleine ascension, figure de jeune premier ayant l’éclat du faux mérite
  • Le sincère : plus âgé, discret, timide, chaste, parfois d’origine modeste, ou bien de bonne famille mais portant un secret terrible, supportant une charge que son honneur lui ordonne de taire, gardant par ailleurs ses sentiments prudemment muets, témoin compatissant ou révolté de la séduction

 

Le choc de la révélation

 

Dans un premier temps, la jeune fille amoureuse, cherche à se rapprocher du séducteur. Celui-ci use d’artifices variés à la seule fin d’avoir une relation sexuelle ou une aventure guère plus durable ; tandis qu’elle est tentée de lui céder pour lui prouver son amour. À partir de ce tournant, plusieurs variantes :

 

  • Prise de conscience : la jeune fille se ravise quand elle comprend la véritable nature du séducteur
  • Déchéance : elle tombe enceinte, déchue, humiliée et brisée. Elle perd son statut social, rejetée par la haute société.Dans les récits les plus sombres, elle meurt dans la misère après avoir été parfois réduite à la prostitution. Son enfant est recueilli par le sincère. S’il est lui-même de basse extraction, il l’épouse malgré sa chute, illustration de la noblesse du cœur qui n’est pas forcément liée à une naissance privilégiée.
  • Sauvetage in extremis : elle est sauvée par le sincère et comprend grâce à lui ce à quoi elle a échappé de justesse. 

Retournement ou acceptation

 

Si la jeune fille se rapproche de sincère rapidement, la relation et la fin de l’histoire fonde la nouvelle affection sur l’estime plus que sur l’inclination sensible. Pour que cette dernière se développe, il faut alors un troisième temps de récit qui permette cette nouvelle révélation et ce retournement.

 

Des motivations pour le séducteur

 

Le charme de la difficulté

Si les vils séducteurs de ces récits s’en prennent si volontiers précisément à la jeune fille libre et fière, celle qui revendique le plus volontiers ses droits et toutes sortes de grands principes, c’est précisément par goût du défi. Ces figures immorales sont décrites comme ayant l’envie de conquérir avec difficulté, en ne se contentant pas de troubler leurs sens, mais encore en assujettissant sa volonté. Ils sont par ailleurs montrés comme partisans de l’idée que le meilleur moyen de clouer le bec d’une femme est encore de l’embrasser.

Jalouser le talent.

Le séducteur peut être parfois partiellement sincère, trouver réellement un intérêt à l’esprit de la jeune fille. Il est dans certains récits fasciné par le talent qu’elle a dans un domaine particulier dans lequel il a également des activités. Le drame devient celui de la jalousie : avec le temps, il se rend compte que la femme est meilleure que lui. Il a beau avoir été son mentor dans certains cas il est dépassé et ne peut le supporter, au point qu’il commence à vouloir empêcher ou gêner la femme d’accomplir ses ambitions (littéraires, politiques, artistiques…) alors qu’auparavant il a pu les favoriser.

 

 

 

 

http://images.metmuseum.org/CRDImages/ap/web-large/DT2051.jpg

 

 

Euphemia White Van Rensselaer

George P. A. Healy  (1813–1894)

Metropolitan Museum of Art

 

Tag(s) : #Inspirations, #Civ - Artland, #Crime & Enquête, #Littérature