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Un premier article relatif à la fin du monde portait sur son annonce, un second sur les formes et la logique narrative de ces fins du monde. Il s'agit ici de présenter la manière dont les idéologies autours de la Nature et de la figure de la Déesse-Mère ou Terre-Mère Gaïa s'insèrent dans les trames narratives traitant de la fin du monde et les idéologies écologistes radicales.

 

A noter que les thématiques liées à "Gaïa" et la Nature en général ne figurent pas que dans les récits de fin du monde, mais également dans un certain nombre de récits de science-fiction (Avatar...) et même en fantasy (univers des Ombres d'Esteren ...) ou dans les manga (Princesse Mononoke...).

 

Bibliographie & Articles connexes

 

Gaïa ou la Terre-Mère

 

Glorifier la vie. Humilier l’Homme.

 

 

Nature et vie

 

La nature est une infatigable matrice qui ne cesse d’engendrer ; elle est ce qui perpétuellement advient, elle est la vie même. La théorie de « Gaïa » consiste à penser que tout ce qui se trouve sur Terre est partie d’un même organisme qui l’englobe entièrement. Il y a ainsi une « âme du monde », une nature vivante dans laquelle il existe un lien mystique entre l’être humain et la nature.

 

Deux humanités

 

Gaïa genetrix est devenue le symbole d’un désir de régression au sein de la mère nature, nostalgie d’un âge d’or des origines, la terres promise de toutes les utopies. Il existe dans cette vision du monde, deux formes d’humanités. La première est humble, acceptant de n’avoir qu’une place limitée, mais peut se satisfaire de sa communion mystique avec l’infini. La seconde au contraire est orgueilleuse, ivre de ses prouesses et aveuglée de son pragmatisme rationaliste. Le plus fort n’est cependant pas le mieux armé, mais le plus en harmonie avec son milieu.

 

L’ordre apollinien face à l’élan dionysiaque

 

Les tendances entre les camps qui s’affrontent peuvent être rapprochées de l’opposition entre l’ordre apollinien et l’élan dionysiaque :

 

  •  Ordre apollinien : maîtrise, contrôle, rationalité, civilisation, propreté, éthique
  •  Élan dionysiaque : liberté, désordre, instinct, nature, vices et plaisirs charnels, souplesse

 

Le premier est le fait des sociétés qui croient pouvoir imposer leur volonté à la nature, quand le second est un amour débordant de la vie, à même d’apporter la joie de vivre en même temps qu’une union plus étroite avec la nature. Cependant l’héroïsme dionysiaque est également jouissance et jubilation de la dislocation, plaisir du chaos le plus extraordinaire. La force qui permet de survivre à la catastrophe se nourrit de celle-ci.  

 

Une extermination de loin

Le désastre dans la fiction cinématographique et télévisée est esthétisé, plaisir ludique de destruction, dans lequel la ruine est belle, pleine de couleurs et de sons, de flammes majestueuses et sublimes. La cruauté de la mort des populations en revanche est laissée en arrière-plan, limitée à des chiffres anonymes. Les écofictions ne cherchent pas à provoquer de l’empathie pour les victimes en dehors du sacrifice du héros principal. Il n’y a pas de culpabilité du public à se réjouir des massacres de masses et du chaos généralisé.

Objectiver le spirituel

 

Une tendance forte de l’écofiction consiste à proposer un spirituel concret, mesurable, et non plus seulement intangible et éthéré. Pour croire en quelque chose de supérieur, il faut pouvoir le mesurer : flux d’énergie, espèce symbiotique, aptitude génétique.  La magie et l’union des êtres doit satisfaire les critères scientifiques, être quantifiable, perçue par des capteurs, vérifié par des tests, des prises de sang…

 

Prendre le partie de Gaïa et de la vie

 

Défendre Gaïa, c’est défendre la vie. Or l’espèce humaine est perçue comme une ennemie de Gaïa, une sorte de parasite qui la vide de sa substance, une espèce inutile et nuisible… qu’il faudrait éliminer. Tuer, être tué, accepter de mourir, est l’aspect sombre et profond de la nature. Pour rétablir l’équilibre, il faut ôter à l’être humain son statut d’espèce dominante, quitte à passer par un génocide épidémique, ultime manifestation d’une fascination de l’effacement et du nouveau départ.

 

L'écologie radicale comme religion

 

Caractéristiques des tendances écologiques contemporaine à titre d'exemple, pour servir d'inspiration à la conception de cultes, philosophies ou religions de fiction :

 

  • ™  Une divinité : Gaïa
  • ™  Prophètes : plusieurs, prônant une « oversoul », le principe de « reverence for life »
  • ™  Une bible : Sand Conty Almanac d’Aldo Leopold
  • ™  Ses peoples élus: les amérindiens d’Amérique du Nord, et de manière générale tous les peoples primitifs qui ont su vivre en osmose avec la nature.
  • ™  Hauts lieux sacrés : grands parcs nationaux US, en particulier Yellowstone et Yosemite, sauvés de la colonisation humaine
  • ™  Un passé mythique : la culture des amérindiens ;
  • ™  Vision eschatologique : le retour de l’alliance avec la terre, compromise aujourd’hui par l’industrialisation
  • ™  Au niveau individuel : recherche d’une autre qualité de vie ; alimentation plus saine ; méditations religieuses ou para- religieuses ; action directe ; démocratie décentralisée…

 

 

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Study of a Jaguar - John Macallan Swan  (Scottish, Old Brentford 1847–1910 Isle of Wight)

Tag(s) : #Inspirations, #Littérature, #Surnaturel, #Civ - Union & Désunion