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... Quelque part, ailleurs à Sikaakwa... un malheureux doit se confronter aux ombres de la nuit... Une âme arrachée... Si les profugueurs sont des intangibles à la recherche du corps d'autres individus, celui-ci est un corps qui cherche son âme, et une âme qui se cherche... dans la plus totale confusion... Carol Lewis se rappelle un roman qu'il a lu il y a des années... il a le sentiment que dans cette mémoire qui revient à la surface de sa conscience se trouve une réponse, une clef... Au Regenland, les histoires de voyages dans les plans, dans les mondes du rêve ou d'autres sont très appréciés... d'ailleurs, les noms de plusieurs régions et villes ont été donnés par leurs découvreurs ou fondateurs suite à un "rêve clair", un songe d'une intensité anormale...

 

 

 

Bibliographie

 

  • Sommaire - Pour naviguer dans les différents chapitres de "Conscience" 
  • ...

 

 

 

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L'origine de la douleur (3)

 

 

Carol sursauta et alluma la lampe de chevet.


Pourquoi soudain cette impression que quelqu’un était avec lui ? Il n’y avait rien, tout était calme dans son appartement. Son cœur s’affolait dans sa poitrine, il avait du mal à retrouver sa respiration. Aucune raison de s’inquiéter. Qui viendrait cambrioler son logement situé si haut dans l’immeuble ? Dans le doute, il préféra se lever et vérifier que sa porte était bien fermée. Le verrou placé, la serrure clos.


Rien à faire, il avait la sensation obsédante de ne plus être seul chez lui. De ne plus être vraiment chez lui. À présent que cette idée était arrivée jusqu’à sa conscience, il considérait différemment son rêve, ce cauchemar atroce, ces images de noyade sous la glace, dans les eaux noires, ce roman qu’il avait presque oublié depuis tout le temps qu’il l’avait lu… Qu’est-ce qui n’allait pas ? C’était la même chose que tout à l’heure au musée, cet homme qui était venu lui parler… C’était presque pareil… Incomparable et pourtant quelque chose, du plus profond de son esprit lui disait, sans mot, sans image nette, il n’arrivait pas à saisir ce qu’il devait comprendre. Il était sûr que c’était important, ça, au moins, c’était arrivé jusqu’à la surface de son esprit. Qu’est-ce que c’était ? Pas seul… pas seul…


« Je vais nous donner une voix. »


La voix du fou dans la boutique de fleuriste lui revenait si nettement en mémoire qu’il lui semblait l’entendre résonner dans l’air, lui coupant le souffle. Toute la peur qu’il avait su maîtriser plus tôt se déversait. Il sentait ses membres engourdis, son souffle pénible, les yeux bloqués sur un coin de sa table de cuisine. Il ne savait même plus comment il était arrivé. L’espace lui semblait tellement étroit, il n’arrivait plus à respirer, il n’arrivait plus à bouger, il se sentait pris au piège chez lui, dans son corps, dans sa tête. Tout était noir, il n’y avait que deux petites fenêtres, ses yeux et ce qu’il voyait était si loin, comme si ses orbites oculaires devenaient d’interminables tunnels, qu’il tombait à la renverse à l’intérieur de lui-même.  Il ne pouvait se retourner, il ne pourrait rien voir, il le savait. Pourtant il s’obstina et tourna lentement la tête, péniblement, les muscles de son cou semblaient grincer, tirer difficile à l’ordre banal qui leur était donné.


Il n’y avait rien derrière lui. Il ne pourrait rien voir car c’était derrière lui, mais derrière ses yeux, à l’arrière de sa tête, de son esprit, de sa conscience, quelque part dans l’ombre, à l’intérieur, dedans, sous la surface, dans les abysses ou ailleurs, quelque chose qui rôdait…


 « Tant pis pour toi, maintenant tu devras faire avec ! »


… Faire avec ?


… Mais faire avec quoi au juste ? 


 

 

http://images.metmuseum.org/CRDImages/ph/web-large/MM86774.jpg

 

Distortion #51

André Kertész  (American (born Hungary), Budapest 1894–1985 New York City)

Metropolitan Museum of Art

 

 

Tag(s) : #Conscience