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Le calme revenait progressivement à Sainte Myriam et la nuit même ne gardait aucune trace des troubles qui avaient eu lieu. Tous ceux qui avaient été éveillés semblaient avoir retrouvé le sommeil ou bien s’y efforçaient. Il ne restait plus que Madame de la Tour Blanche qui attendait le sergent pour faire le point avec lui, le doyen Mandine s’étant déchargée sur elle avec soulagement.

Restait pour le vieil homme encore à répondre à la demande pressente de Guy de Corbel de la délégation de Rangar. Il avait beaucoup insisté. Pourquoi ? Pourquoi tout le monde se pressait-il de la sorte ? Et tous ces meurtres ! En moins de deux jours ! Il n’y avait rien eu de tel depuis l’épouvantable période de la grande peste vingt ans en arrière ! Et même à l’époque, seule une étudiante était morte. Suicidée qui plus est !

Ce mal de crâne ! Il lui était douloureux de simplement regarder la lumière et cela l’élançait dans toute la tête. C’était le manque de sommeil. Déjà en temps normal il se réveillait facilement la nuit, mais depuis la mort de ce pauvre Honau, il était bouleversé, pris de palpitations soudaines et intenses jusqu’à lui donner le vertige. Madame de la Tour Blanche l’avait ausculté. D’après elle, rien que de normal pour son âge. Il devait se ménager, se reposer, boire plus régulièrement. Elle avait beaucoup insisté là-dessus.

Que venait-il de lui dire ?

Guy de Corbel le regardait avec une expression interrogatrice. Il avait formulé une requête, mais il s’était laissé emporter par ses pensées vagabondes. Quelle heure était-il ? Bien trop tard. Il tombait de sommeil. Mais qu’on le laisse enfin en paix !

« Monsieur Mandine, m’avez-vous écouté ?

- Pardon ?

- … Monsieur Mandine, c’est important, je vous en prie, faites un effort. Vous m’avez dit que vous aviez constamment avec vous les procédés alchimiques que vous aviez l’intention de nous vendre. La transaction ne s’est pas faite comme prévue du fait de la présence de la délégation de Silvenige qui se portait également acheteuse. Mais ils sont partis dans la soirée. Sans les recettes. Permettez-moi d’insister en vous rappelant à quel point votre collaboration avec l’université du Corbeau a toujours été fructueuse ! J’ai ici l’argent qui était initialement convenu et un bonus pour vous…

- … Je… Est-ce que je… Qu’est-ce que j’ai fait ?

- … ? »

Le vieil homme replongea dans les pensées qui ne cessaient de le harceler nuit et jour depuis la mort de Honau. Il le revoyait jeune. Il se rappelait aussi les premières fois qu’il avait fait affaire avec le Corbeau… Cela s’était passé une poignée d’années plus tôt. Il avait été visiter un collègue à Passifloriane et de là, il avait été invité à plusieurs soirées. Durant l’une d’entre elle, il avait été abordé par quelqu’un de très persuasif.

A ce souvenir, il avait à nouveau ces épouvantables palpitations. Toujours terriblement fortes. Il cherchait de l’air.

L’homme du Corbeau était venu lui rendre visite à Sainte Myriam. Il avait dit qu’ils avaient discuté ensemble de la totale liberté de recherche dans son université. De fil en aiguille, il avait semblé naturel d’instaurer une collaboration rémunérée. Et secrète.

Voilà qu’il n’était pas loin d’entendre son cœur lui battre dans les tympans !

Secret. Garder le secret. De jolis cadeaux, des bourses remplies de charmantes pièces d’or. Pour la plupart, il les avait gardées dans un coin. Pourquoi ? Comme ça… Pourquoi fallait-il toujours avoir une raison et se justifier ?

« Monsieur Mandine ! Faites un effort ! Concentrez-vous, c’est important !

- Oui, oui…

- Alors ? Ces procédés ? Les recettes ! Donnez-les-moi !

- … Tout ça est ma faute… Tous ces morts…

- Quoi ?! Mais c’est ridicule ! Les meurtres et notre affaire n’ont rien en commun ! C’était une malheureuse coïncidence !

- … Je ne sais pas… Non… Je… Je… J’ai mal au bras !

- Cessez de tergiverser ! Faites un effort, reprenez-vous ! Vous êtes un grand mage, vous en avez vu d’autres ! Où avez-vous rangé les papiers ? Dites-le moi, je les prendrais, je vous laisse la bourse et tout sera réglé.

- … Non… J’ai… J’étouffe… Mon bras… J’ai mal ! »

Le délégué de Rangar prit conscience de la gravité de la situation lorsque le vieil homme tenta de se lever mais s’effondra. Une attaque cardiaque foudroyante. C’était réellement impressionnant, si brutal, tellement inattendu… Et surtout, se produisant vraiment au plus mauvais moment !

Un instant pour vérifier que le pire s’était produit.

Aucun souffle. Aucun pouls. Mort.

Restait à savoir où étaient rangées les recettes… Avec un peu de chance il pourrait trouver ce qu’il cherchait ici même. Il devait être environ 02h00 du matin. Cela lui laissait environ trois heures jusqu’au lever du soleil.

Pourvu que Carol et Paulson ne fassent rien de stupide en attendant !

Tag(s) : #Refuge