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« Et maintenant ? Que pense l’agent de l’Inquisition d’autant d’entorses flagrantes à la loi ? »

La discussion avait lieu autours du repas improvisé, dans la grange, l’air dehors commençant à fraîchir. Arsin n’avait pas encore repris sa tunique et était assis dans les foins en chemise ample de lin clair et pantalon. Violette ne parvenait pas encore à se faire une idée sur la manière dont il allait agir maintenant qu’il « savait ». Il y avait toujours le risque qu’une fois la récolte des informations effectuées, il change radicalement de comportement… Cela paraissait peu probable, mais le mensonge restait toujours une option… La simple étiquette « Inquisition » signifiait de toute façon quelqu’un qui est davantage préoccupé par des principes que par les individus.

Pour l’instant, il mastiquait consciencieusement un morceau ambitieux de par son volume. Il n’était pas pressé de répondre, semblant réfléchir à la lueur de la bougie qu’il avait posée sur le sol, faute de quoi, le dîner aurait été plutôt délicat à servir… Pendant ce temps… Lucas la croyait peut-être morte ? Il faudrait le prévenir aussi vite que possible que tout allait bien. Et tirer au clair ce qui n’allait pas avec Phenal.

« C’est évident que cela fait beaucoup, surtout quand on pense à un nom comme les Gorges Rouges… reprit Arsin

- Mais ça n’a rien à voir avec ! C’est typiquement le genre de choses que je voulais éviter.

- Comment cela ?

- A Sainte Myriam, personne ne connaît les Gorges Rouges, et c’est aussi bien. Mais sitôt que tu auras évoqué le sujet, ça se répandra en un rien de temps. Ma vie deviendra un enfer, et je n’aurais plus grand-chose d’autre à faire que de déguerpir ! La vox populi, tu comprends, elle est impitoyable, surtout dans une communauté isolée. 

- …

- Eh ! C’est important pour moi ! Tu ne peux pas faire comme si ce n’était rien ! Ah, bien sûr, en tant qu’Inquisiteur itinérant, tu ne risques pas grand-chose, tu as le droit pour toi, et puis si en cours de route il y a de la casse…

- …

- Qu’est-ce que ça veut dire ? Attends ?! Mais qu’est-ce que tu fais ?

- …

- … ! Si tu crois que je vais marchander… Hors de question que je couche avec toi pour que tu caches ce que tu sais !

- … ?! »

A l’écoute des revendications de Violette, Arsin s’était levé et avait ôté sa chemise. Il avait agi sans un mot, sans même une expression particulière, semblant toujours réfléchir. A côté le schisme, la jeune femme voyait dans son esprit des associations qui lui répugnaient. Forces de l’ordre, pouvoir, chantage, moyen de pression, « arrangement en nature »… Instinctivement, elle avait reculé et avait détourné les yeux en lançant sa dernière protestation. La mécompréhension était évidente.

« Il n’est pas question de chantage.

- … ? Mais qu’est-ce que c’est que ça ? »

Un inquisiteur tatoué. Et pas qu’un peu. Bras, torse, dos. Il était couvert de signes qui auraient pu être des cercles de convocation ou des glyphes. C’était peu commun en soi, c’était encore plus déroutant sur un homme dont on se serait attendu à ce qu’il soit l’incarnation de l’orthodoxie. Violette se leva, l’inquiétude précédente envolée aussi vite qu’elle était venue. Elle s’approcha pour regarder ces marques et en prendre la mesure. Ce qu’elle avait pris pour des tatouages étaient en fait des marques de mage d’une nature particulièrement impressionnante.

« … Et tu en as sur tout le corps ?

- Eh bien ? Maintenant tu veux me déshabiller ?

- … Qu’est ce que ça veut dire à la fin ?

- … Je ne suis pas Inquisiteur. Je ne l’ai jamais été. En revanche Méluard est l’un de leurs agents.

- Méluard, c’est l’homme avait qui tu discutais l’autre jour ? … Tiens, ça me fait penser… C’est à cause de lui que tu me traitais de voleuse tout à l’heure ?

- Tout à l’heure ? Qu’est-ce que je disais déjà ? Ah oui ! Ha ! Non, ça n’a rien avoir avec lui. C’est un concours de circonstances là aussi. Vous discutiez, toi et Lucas en bas de la tour d’exercice, au sujet de votre expédition dans le bureau de ce pauvre Honau. J’étais tout simplement là. Bon, j’aurais eu du mal à tout entendre si je n’avais pas utilisé un tour bien pratique du genre qui distord l’air et permet d’amener les sons à soi, d’une certaine façon.

- Alors tu savais déjà une bonne partie de ce que je t’ai raconté !

- Oui, mais j’aime bien la manière dont tu racontes les choses…

- Et tu nous as lâchement espionnés !

- Ma foi, « lâchement » est un peu excessif… A un moment, j’ai vraiment cru que tu me repérerais…

- … Bon sang ! Je savais bien que quelque chose clochait ! J’ai complètement négligé qu’il pouvait y avoir quelqu’un dans la tour !

- Hum… Si tu te réjouis à demi d’avoir deviné ma présence, je dois malheureusement te dire que j’étais là aussi quand vous êtes allés chez Honau, et ni toi, ni Lucas, ni ce Pr. Thibotin n’avez rien remarqué…

- … ! Bientôt tu me diras que tu te promènes invisible dans les douches des femmes !

- Tiens, c’est une idée ! Mais ce sera certainement plus drôle à partir de la rentrée, quand il y aura plus de va-et-vient, non que tu ne sois ravissante seule, mais quitte à apprendre un sort de voyeur, autant s’assumer totalement en tant que tel !

- … Est-ce que ça veut dire que tu ne … peux pas te rendre invisible ?

- Dans l’absolu, je n’en sais rien, mais là, je ne connais pas de tels sorts. Ma spécialité est avant tout la magie élémentaire.

- Je ne connais pas vraiment…

- Le principe est très simple. Dans la nature on trouve six éléments principaux… Enfin, ça c’est une vision des choses, parce que d’autres ont proposé des modèles théoriques différents, et comme la plupart fonctionnent… Peu importe, celui à six éléments est à mon sens le plus simple tout en étant assez complet. Il explique que tout ce qui est, a quelque part en lui un mélange de ces six éléments. Lorsque l’un d’eux est largement dominant, le lieu est imprégné d’une ambiance particulière, une forme d’esprit pourrait-on dire. C’est justement cette dominance que la magie élémentaire amplifie et modèle. Pour faire très court, cela signifie qu’il sera très facile d’utiliser un sort d’ombre en pleine nuit, un sort d’eau en mer, un sort d’air durant une tempête ou un orage. L’inconvénient de ce système est qu’il est souvent très difficile de faire appel à une énergie différente, il faudra une grande concentration pour utiliser un effet de feu sous la pluie, et même en y parvenant, il sera sans doute affaibli par rapport à son utilisation dans des conditions qui ne lui sont pas contraires.

- Y’a-t-il un réel avantage par rapport à l’école ésotérique comme on l’apprend à Sainte Myriam ?

- Je dirais que cela dépend du lanceur de sort. Les mages élémentaires sont plus intuitifs, ils s’adaptent aux circonstances, se laissent guider par elles. Certains disent qu’il y a parmi eux autant de poètes que chez les ménestrels qui utilisent la puissance de la musique. De ce que j’ai pu en voir, les mages ésotériques sont avant tout des techniciens. Ils cherchent à comprendre quand d’autres s’efforcent de sentir…

- Oh, oui, comprendre… Comment, pourquoi tel courant serait plus approprié pour tel chose, en quoi tel mot est plus efficace pour appeler tel effet, quelle métrique utiliser pour créer un sort, de quelle manière fonctionnent les niveaux de stabilisation des courants occultes… J’en passe et des meilleures !

- C’est un peu la raison pour laquelle je ne me suis pas vraiment penché là-dessus.

- J’aimerais pouvoir en dire autant.

- Il n’y a pas de fatalité à apprendre la magie d’une certaine façon plutôt que d’une autre. Aucune loi n’interdit de s’y prendre différemment. Même si l’école ésotérique est celle qui est la plus largement répandue, il n’y a aucune raison qui t’interdise de la laisser un peu de côté au profit de l’élémentaire si tu la préfères.

- … Oui… enfin… Mais toi, comment y es-tu venu ?

- Un peu par hasard, le reste par goût. Ma mère était cartographe. Elle était partie avec une expédition dans les Montagnes Bleues pour mettre un peu d’ordre dans les connaissances que nous avons de cette région. C’est là qu’elle a connu mon père…

- Alors j’avais raison !

- … ?

- Ne le prends pas mal, mais je te trouvais quelque chose…

- … de barbare ?

- Certainement pas au sens moral du terme, ni des mœurs… Enfin, pour ça, je n’ai pas vérifié ! Ha ! Mais tu n’as pas l’air de comprendre pourquoi c’est drôle ? Tu n’as jamais été à Passifloriane ?

- Je n’y suis que brièvement passé avec Méluard.

- Tu as sûrement manqué les trois-quarts des meilleures choses ! Il y a au moins une parfumerie qui est spécialisé dans des produits masculins, et leur produit phare est le très célèbre et très fameux parfum « barbare » dont le slogan est « réveillez la bête qui sommeille en vous »…

- …Quoi ?!

- Si, si ! Et tiens-toi bien, j’ai discuté une fois avec un lascar qui avait été vendeur chez eux. Il m’a expliqué que son patron faisait venir depuis les Montagnes Bleues ce qu’il appelait assez pudiquement du « musc de barbare ». Pour une raison qui m’échappe, il y a une espèce de légende qui tourne autours de ces brutes en peau de bête, pardon pour ton paternel. Visiblement, tu ne la connais pas non plus ? Mince ! Je vais faire court, il y aurait une très bonne raison pour expliquer que les femmes « civilisées » se laissent enlever un peu trop facilement lors de raids, ou bien ensuite n’essaient pas de s’évader… Comment dire ça élégamment ? Il semblerait que les citadins pure souche soient dégénérés par rapport à l’état de nature brute, sauvage, bestiale, tout ce que tu veux, et aient au final des arguments virils bien moins impressionnants et vigoureux que ceux qui évoluent dans un environnement rude.

- … Et ces admirables qualités sont censées être héréditaires ?

- Il paraît. Qu’en pensent tes conquêtes précédentes ?

- … Je suis d’avis que les démonstrations valent mieux que les longs discours… Cela me gênerait de passer pour un vil flagorneur ! … Mais je ne comprends pas, comment donc serait récupéré ce fameux « musc de barbare » ?

- Tu ne devines pas ? Les détails me sont inconnus, mais il semble bien qu’il soit question de contrats réguliers et de sous vêtements, de serviettes devant essuyer la sueur, ce genre de choses. Et maintenant que tu te rends bien compte du ridicule de l’obtention de la matière première de cette industrie de la parfumerie, dis-toi qu’il y a des hommes qui achètent le produit avec peut-être le fol espoir de transformer leur maîtresse, compagne ou dame de leur pensée en une femelle lascive telle que les blagues grivoises décrivent les prisonnières ravies…

- … Il faudra que je raconte ça à mes cousins la prochaine fois que j’irais les voir, ils seront morts de rire !

- Espérons qu’ils ne prennent pas les légendes urbaines trop au sérieux et ne partent en expéditions sur les villes et villages à la recherche de suppliantes qui ne rêvent que de se faire traîner et attacher ! … Au passage, j’imagine que ce n’est pas la motivation des troupes barbares qui errent possiblement aux alentours d’Aven !

- Tu as raison. Nous plaisantons, mais peut-être qu’à cette heure…

- Laisse ça pour l’instant. Si le destin est tellement pressé, il fera tout sans nous et ça n’aurait servi à rien de s’inquiéter ou de se dépêcher. Tu n’as pas froid ? Tu devrais peut-être reprendre ta tunique ?

- Non, ça va. Tu oublies que j’ai grandi parmi ces barbares qui ne songent qu’à enlever les femmes des villes ! D’ailleurs, c’est peut-être la raison inconsciente pour laquelle je ne t’ai pas ramenée à Sainte Myriam…

- Un raison inconsciente ? Toi, tu  as été à une conférence sur les sciences de l’esprit en Artland ! Il n’y a qu’eux pour parler comme ça ! Mais ça fait depuis tout à l’heure que tu voulais me dire qui tu es vraiment et pourquoi tu n’es pas un Inquisiteur, contrairement à Méluard ?

- Ce n’est pas aussi drôle que les parfums à base de sueur de guerrier… Je te l’ai dit, j’ai passé mon enfance dans la tribu de mon père. C’est un peu compliqué sur le pourquoi, mais il avait deux épouses, ou compagnes régulières, ma mère et une autre femme de la tribu. En tant que demi sang je n’ai pas eu à me plaindre d’être maltraité ni vraiment regardé de travers. Dans ces sociétés, on traite comme égaux tous les enfants d’une même classe d’âge, du moins jusqu’à l’adolescence. A ce moment ont lieu la plupart des rituels d’initiation et les étrangers n’y sont pas souhaités. Ma mère et moi sommes alors repartis pour vivre dans le manoir d’une branche de sa famille avec laquelle elle s’entendait bien. J’ai eu droit à un précepteur pour continuer l’enseignement qu’elle avait commencé à me donner dans les Montagnes Bleues. Elle est morte il y a quelques années. Un accident de chasse.

- … ma mère aussi est morte. Assassinée par une bande rivale. Les Gorges Rouges portent bien leur nom, aucun de nos ennemis n’en a réchappé. J’avais douze ans à peu près.

- J’imagine que ça n’a pas dû être facile.

- Papa n’est pas… J’allais dire qu’il n’est pas méchant, juste glacial et professionnel, mais ce serait quand même un peu…

- Juger d’une personne dans l’absolu me paraît difficile. On peut tout au plus faire le bilan d’une relation… A partir de là… Tu as froid ? Prends ma tunique si tu veux.

- Non, c’est bon. Je n’arrête pas de te couper dans ton histoire !

- J’ai voyagé quelques temps au Rangar. Je voulais voir du pays, mais pour cela il me fallait savoir où aller, gagner un peu d’argent aussi. J’ai travaillé un temps à Linnheim la capitale. La forêt me manquait mais les Montagnes Bleues me paraissaient bien lointaines. On m’avait parlé de la beauté sauvage des étendues de l’est du pays. Je ne peux pas dire qu’on m’ait menti ! La région est presque déserte du fait que les habitants croient en la présence d’esprits d’anciens morts. Dans les sous bois on trouve il est vrai de nombreux restes de tumulus et tombes couvertes de mousses. J’ai passé plusieurs jours à marcher dans la forêt, laissant l’essentiel de mes bagages à l’auberge.

- Et quand tu es revenu, il n’y avait plus rien, on t’avait volé ?

- … j’aurais préféré. Plusieurs meurtres sanglants et brutaux avaient été commis. Je n’en savais évidemment rien. Comme si le fait d’être un étranger aux habitudes plus que suspectes ne suffisait pas, il semble que l’un des villageois m’ait vu me laver…

- Les marques ? Ils ont cru à un sorcier ? Un démoniste ?

- Forcément. Ces gens ne connaissent rien à rien. Ils confondraient un cercle de protection avec un cercle d’emprisonnement.

- … Pour ce qui est des différences de cercles, je dois dire que moi-même…

- Je doute que tu te décides à lyncher quelqu’un sur ce genre de doutes…

- Lyncher ? J’ai toujours eu ce mot en horreur. Il faut bien comprendre que les méthodes d’exécution douloureuses ont toujours menacé des gens que je connais. C’est une chose. Mais quand la foule des biens pensants, de ceux qui se proclament les justes, se met à révéler ce qu’ils ont réellement au fond d’eux, ils en deviennent plus effrayants que des mercenaires qui ne savent plus combien de gens ils ont tué. La magie n’aurait pas permis de te sortir d’affaire ?

- Bien sûr, j’aurais pu utiliser leur colère contre eux, à grand renfort de déflagrations brûlantes et peu en auraient réchappé. Quel meilleur moyen que de crier ma culpabilité aux agents de l’Inquisition qui venaient d’arriver ? Tant bien que mal, ils sont parvenus à me sortir de là pour me jeter dans une prison improvisée. Durant des jours les villageois ne se sont pas lassés de crier leur désir de me voir roué, écartelé, brûlé. Le procès n’a vraiment pas été une partie de plaisir. En cas de problème, j’avais espéré pouvoir fuir, mais ce n’est pas si simple. L’Inquisition connaît son métier et sait installer des glyphes qui gênent énormément l’emploi de la magie pour ne pas dire qu’elle est simplement impossible d’usage. Heureusement pour moi, Méluard était l’un des enquêteurs chargés de faire la lumière sur l’affaire. Il a trouvé le véritable meurtrier. Un fou furieux des environs. Personne ne sait vraiment ce qu’il avait dans la tête, il s’est mis à massacrer à tort et à travers un peu après la mort de sa mère qui était réputée être une femme autoritaire qui le menait à la baguette.

- J’imagine que ceux qui voulaient te voir mort ont eu du mal à accepter le verdict ?

- C’est peu de le dire. Méluard a eu vent de projets d’assassinat. Il a discuté avec ses pairs et ils ont décidé que le mieux était de me faire disparaître. L’Inquisition étant néanmoins ce qu’elle est, elle n’apprécie que modérément les lanceurs de sort autodidactes ou formés par des maîtres indépendants. Il a donc été pensé qu’il serait judicieux de m’envoyer au vert et prendre des cours d’éthique de la magie dans la foulée.

- Et maintenant à peine arrivé, on tue de nouveau à tour de bras !

- Oui, ce n’est vraiment pas de chance.

- J’imagine qu’il n’y avait pas là-bas de charmante voleuse pour compenser… Désolée, je plaisante alors que tu as dû vraiment passer des moments pénibles.

- Si j’ai le choix, je préfère encore un trait d’humour plutôt que de la pitié. Concentrons-nous avant tout sur le présent. »

Un instant de creux dans la conversation, chacun tentant de faire mentalement le point sur la situation pour déterminer ce qui pouvait être fait à présent. Du coin de l’œil, Violette regardait Arsin, définitivement fascinée par les marques sur son corps. Elle n’en détourna finalement le regard qu’à regret lorsqu’il se rhabilla. Ce n’était pas un Inquisiteur ! Une bonne nouvelle ! Cela l’aurait ennuyé au plus au point que d’avoir un faible pour un vil donneur de leçon. En plus, si elle l’avait dit à son père, cela n’aurait pas été loin d’un choc suffisant pour provoquer une attaque d’apoplexie, même chez quelqu’un en aussi bonne santé. Yainar et son père le Sicaire… Les souvenirs dans le monde spectral lui revenaient et elle ne comprenait pas vraiment pourquoi elle était ressortie précisément ici, dans les environs de Sainte Myriam.

« Il faut rassurer Lucas sur mon sort. Ça se trouve il me croit perdue à cause de Phenal !

- Peut-être vaut-il mieux jouer sur notre avantage… Si tout le monde te croit morte, alors… je ne sais pas exactement, mais j’ai le sentiment qu’il vaut mieux dissimuler ta bonne santé actuelle et observer ce qui se passe. 

- Tu veux que je reste planquée dans la grange ?

- Pas nécessairement, du moment que tu ne te montres pas à tout le monde. Pour ma part, je retournerais à Sainte Myriam, je préviendrais Lucas. Sans doute pourrons-nous décider d’une discussion demain et sérieusement aviser.

- Et maintenant ?

- Je propose que nous passions la nuit dans le foin…

- Rien que ça ? Tu me dis tout juste que tu n’es pas inquisiteur et déjà je dois me rouler dans les foins avec toi ?

- … Je n’ai rien contre, mais je pensais juste…

- C’est bon, j’épiçais juste un peu !

- … ?

- … Non, rien… Plus sérieusement, il serait peut-être plus judicieux que tu te réveilles dans ton lit, que tu ailles au petit déjeuner l’air de rien, ce genre de choses… Ce sera un peu moins suspect je pense.

- Mais toi, ça ira de passer la nuit dehors ? Si je rentre déjà en douce ce soir, tu peux bien venir avec moi, rester cachée dans ma chambre vaudra aussi bien qu’ici…

- Après le foin, le lit ? Tu as oublié qui était mon père pour t’avancer comme ça ? Même pas frileux en pensant aux Gorges Rouges ?

- Si j’étais vraiment frileux, il me semble que je serais bien plus pressé de me réchauffer ! Mais c’est vrai que si tu étais dissimulée dans mes appartements, ce serait bien moins facile après de te laisser aller à ta guise, tu risquerais de tourner en rond… Espérons qu’il n’y aura pas de grosse araignée qui viendra troubler ton sommeil !

- Pitié ! J’avais oublié cette horreur ! Des monstres pareils ne devraient même pas exister ! Et je me moque de savoir qu’il paraît qu’il y en a qui mesure deux mètres juste parce qu’elles ont poussé dans un coin magique ! Beurk ! Rien que d’imaginer ces affreusetés, j’en ferais des cauchemars ! Heureusement qu’il n’y en a pas dans les parages… Ne me dis surtout pas le contraire !

- Je ne dirais pas le contraire.

- … Rassure moi, sans dire le contraire, tu ne dis pas le contraire de ce que tu penses ?

- … Hum… Comment suis-je censé entrer de nuit dans Sainte Myriam ?

- Le plus simplement du monde, en grimpant le mur ou bien en crochetant une serrure, celle du couloir près de la cuisine par exemple. Il n’y a pratiquement aucune chambre à proximité. Je t’accompagne, j’ouvrirais la porte et je refermerais ensuite.

- Tu peux aussi crocheter s’il y a un verrou à l’intérieur ?

- … Non… C’est bête, je n’y avais pas pensé. Bon, au pire, il suffit de grimper au mur. Voyons, ta chambre est côté sud, c’est ça ? Deuxième étage ? Je crois bien que je suis la dernière à loger dans le coin, aucun risque de se faire repérer. Il faudra que je saute… Ensuite je peux m’accrocher à un rebord…

- Un rebord ? Mais le premier est à au moins quatre mètres !

- Oui, mais moi aussi j’ai quelques talents !

- Fort bien, et j’imagine qu’il vaut mieux ne pas te demander leur origine…

- Disons qu’elle pourrait déranger ton camarade Méluard…

- Mais comment suis-je censé *moi*, parvenir jusqu’à ma chambre si c’est toi qui te transforme en grenouille d’élite ? Je deviens une araignée et me colle au mur ? Ou plutôt une limace ?

- Continue comme ça, et tout ce que j’ai pensé sur ton charme ténébreux partira en fumée ! Non, je vais tout bêtement grimper jusqu’à ma chambre. J’imagine que personne n’aura fermé la fenêtre… Au pire, elle peut s’ouvrir facilement de l’extérieur. Ensuite, j’ai toujours au fond de mon armoire quelques mètres de corde de Lotëquendvatauri…

- Rien que ça ?

- Oui, rien que ça ! On ne sait jamais quand on en aura l’usage ! La preuve… Légère, longue, fine, solide, discrète, élégante, idéale pour faire des nœuds et tout ce qu’on peut imaginer… Je crois que je vais prendre des actions dans cette industrie ! Après, facile, tu grimpes jusqu’à chez moi, je t’ouvre la porte, et tu peux aller dans ta chambre. Moi, je pourrais même me payer le luxe de quelques heures de sommeil loin des araignées ! J’avoue que ça me convient nettement mieux. Allons-y ! »

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