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L’enseignant tendait souvent l’oreille, il attendait quelqu’un, pourtant il se laissa piquer dans sa susceptibilité quand Violette lui demanda si ces cercles étaient véritablement aussi puissants qu’il le prétendait. Sans attendre, il l’entraîna vers une porte qui était restée fermée tout le temps de leur visite de présentation. Vangrance sortit son trousseau de clefs pour entrer dans cette partie de son sanctuaire. De nouveau l’odeur de ménagerie…

« J’espère que vous vous montrerez digne de la confiance que je vous témoigne, ce que vous allez voir, sans être un secret absolu, n’est révélé en principe qu’aux étudiants de maîtrise et aux doctorants de ma matière ainsi qu’aux professeurs titulaires de Sainte Myriam. Vous comprendrez que j’attends de vous la même discrétion que celle pratiquée par nous tous. »

Occupant la plus grande part de la pièce, une cage a priori vraiment solide, et à l’intérieur, une créature difficile à discerner dans la pénombre tandis qu’apparaissaient clairement les traits d’un blanc cru du cercle et du sceau d’enfermement qui faisait office de première barrière… Non, il y avait encore des chaînes !

« Qu’est-ce donc que cela ? s’inquiéta Violette

- Pour être tout à fait franc, je ne connais pas le nom de cette créature » répondit Vangrance en allumant la lumière.

La bête qui était ainsi dévoilée n’était rien moins qu’un monstre de cauchemars. Jamais Violette ne se serait attendue à ce que pareille horreur se dissimulât dans les entrailles souterraines de Sainte Myriam. En s’approchant prudemment, elle songea qu’on aurait pu la décrire comme une sorte de grand félin à la gueule effrayante, tête, cou, haut du dos, couverts de longues épines qui tenaient du hérisson comme de l’épieu effilé. Mais surtout, ce qui était déconcertant et repoussant, c’étaient ces sortes de pustules, non pas exactement, cela aurait pu être une énorme tique gorgée de sang, mais s’agitant sous la peau ? Voyant clairement les boules bouger sous la peau tendue tout autour de ces cancers atteints de velléités d’indépendance, la jeune femme eut un haut le corps et porta la main à sa bouche en reculant.

« Ce sont ses enfants. Cette femelle va bientôt mettre bât.

- Où l’avez-vous trouvée ?

- Ce n’est pas moi qui l’ai faite venir dans le plan matériel. On me l’a confiée pour l’étudier et voir ce qui serait le mieux à faire avec.

- Mais nous sommes dans une université ! Que se passera-t-il si cette bête se libère ?

- Entre ses chaînes, le sceau d’emprisonnement, les barreaux et le verrou, je doute qu’il y ait un grand risque. Ensuite il y a deux solides portes enchantées à franchir avant d’arriver dans le corps du bâtiment : l’entrée de cette pièce et celle pour parvenir à l’ensemble des salles de classe depuis l’extérieur. En dehors des rares fois où j’attends de la visite, elles sont toujours fermées, et même ouvertes, elles demeurent sous ma surveillance de par ma présence. »

Des rumeurs sur des expériences étranges ou des bêtes féroces invoquées, elle en avait déjà trop entendue pour avoir cru à la plus récente, d’autant plus qu’elle avait été des plus floues, tout ce qui touchait les cours de Vangrance restait plongé dans une aura de mystère garantie par la loyauté à toute épreuve des étudiants qu’il choisissait pour suivre ses cours. Violette hésitait entre l’atterrement et l’incrédulité. Pourquoi cette culture du secret systématique ? Quel intérêt à ces recherches ? Quel bien apportaient-elles ? Vangrance à côté d’elle paraissait très content de sa créature.

« Il n’y a aucun moyen de s’en débarrasser ? Pourquoi la garder ?

- C’est une créature planaire. Cela devrait répondre à vos deux questions.

- Comment ça ?

- Rappelez-vous de vos leçons sur les plans. Que savez-vous ?

- Là ? Ici ? A côté de …

- Oui. Apprenez à maîtriser votre peur, cela vous sera toujours utile.

- … Très bien, soupira Violette en tâchant de regarder ailleurs. Il y a le monde matériel dans lequel nous vivons, également désigné comme « Plan Primaire » dans certains recueils. Ensuite, il y a deux plans ou mondes spirituels qui sont proches de nous : le plan onirique et le plan spectral. On les dit parfois aussi « plans transitoires ». Les âmes des dormeurs vont se promener dans le monde des rêves, là-bas il arrive qu’ils rencontrent d’autres esprits… Mais la plupart des spectres errent dans le monde spectral qui porte pour cela son nom. Il est généralement décrit comme une version du notre mais brumeuse, dédoublée, sombre, incertaine, à la manière d’un verre fumé… Deux autres grands mondes existent encore : les mondes célestes et infernaux. Chacun d’eux a la particularité d’être à la fois matériel et spirituel de sorte que des voyageurs peuvent s’y perdre… Enfin… Il paraît, parce que peu en reviennent… Et la plupart semblent avoir confondu les cieux comme les enfers avec les demi-mondes qui y mènent. Un demi-monde est en fait une sorte de passage entre deux plans, mais ce couloir est parfois assez grand pour laisser vivre des populations étranges, influencées par la nature magique dominante de leur environnement…

- Bien. Un instant j’ai cru que vous aviez tout oublié.

- Je ne vois toujours pas en quoi savoir que la bête est planaire nous aide.

- Tout d’abord, cela signifie que pour la tuer, il faudra faire usage de magie car c’est la nature de notre lien avec tous les autres plans et demi mondes, et donc notre seule véritable influence sur ceux qui sont très différents de notre environnement. Nous pourrions la renvoyer dans son univers d’origine en créant un portail vers son monde, mais pour cela, outre le fait que ce ne soit techniquement pas à la portée du premier venu, il faudrait que nous sachions d’où elle vient. Pour finir, nous la gardons car nous manquons de possibilités d’expérimenter nos sorts, artefacts et potions diverses sur des créatures aussi exotiques. »

A un moment, quand elle avait vu la beauté des cercles de protection et des sceaux, Violette avait songé revenir sur son a priori concernant ceux qui pratiquaient les sorts de contrôle, mais à présent… Elle était partagée entre la répugnance pour une forme de vie qui l’horrifiait, mais plus proche d’elle, dans sa propre espèce, quelqu’un considérait comme allant de soi de garder une femelle gravide et certainement aussi ses petits pour des expériences. Aussi laide que fût la bête, elle lui inspirait de la pitié et son sort l’attristait profondément bien qu’elle ne pût rien y faire.

Un instant elle croisa le regard de la bête et eut l’impression d’y voir des émotions, la rage contenue, mais aussi le désespoir d’un piège dont elle ne pourrait pas ressortir vivante. La jeune femme ne se considérait pas comme sensible, mais cette situation l’étreignait au cœur comme si le monstre pouvait lui parler en silence.

« Monsieur Vangrance, n’y aurait-il pas autant à en apprendre si nous pouvions communiquer avec elle ? Savoir d’où elle vient, lui demander quel est son monde…

- Sottise.

- Mais c’est bien du ressort des sorts de contrôle, non, que de plonger dans l’esprit d’autrui ?

- Mademoiselle Rouge Gorge, ne vous laisser donc pas attendrir pour si peu ou vous n’arriverez à rien faute d’avoir constamment pitié de vos ennemis.

- Cette créature n’a rien fait en dehors d’avoir un aspect effrayant !

- … Ah ! Pr. Phenal ! En vous attendant je montrais à cette étudiante notre plus belle pièce.

- Quelque chose me dit qu’elle n’a pas su l’apprécier à sa juste mesure », rétorqua Phenal sans aucune conviction au point qu’on devinait propre son avis sur la question.

Lui ! C’était lui le rendez-vous de Vangrance ? Pourtant, Violette l’aurait juré en les entendant rire, les deux ne s’appréciaient pas du tout. D’ailleurs Phenal avait un sourire crispé et l’air de ceux qui n’aiment pas la présence inopportune de qui ne connaît pas le problème dont il est question. En clair, elle était de trop. Pourtant Vangrance ne s’en offusquait pas. Il aurait pu la renvoyer, après tout la visite était bel et bien faite.

Mais non, apparemment il avait l’intention de l’utiliser d’une certaine façon… Cela lui rappelait des entretiens de son père avec des notables. Ceux-ci auraient voulu pouvoir parler relativement librement pour régler leur problème sans témoin, mais systématiquement il y avait des hommes de main, présents l’air de rien, pour assurer le service ou s’assurer de la sécurité de l’hôte qui s’en trouvait d’autant plus déstabilisé que souvent il ignorait quel rôle pouvait jouer l’élément imprévu et inconnu dans leur dos. Bien sûr il n’y avait pas de préméditation de la situation par Vangrance, et sans doute que lui-même ne se rendait pas pleinement compte de la mécanique de la situation de pression qu’il employait, c’était du pur opportunisme.

L’agencement des lieux laissait Violette perplexe, pas loin de perdre le sens de l’orientation. En fait, tout le sous-sol de Sainte Myriam était un gruyère, et cette partie consacrée à la magie de contrôle constituait un tout autonome avec, semblait-il, une unique entrée. Plusieurs pièces communiquaient comme autant de passages aménagés rythmés de colonnes, et de temps à autre il y avait une porte donnant sur une pièce aveugle, forcément. Celles où Vangrance avait décidé d’installer l’essentiel de ses papiers n’étaient pas très grandes, deux unités jumelles séparées d’une épaisse porte, et les deux donnant sur la salle de la bête aux piques.

Quel que fût son sentiment, Phenal ne manifesta aucune émotion en passant à côté d’elle. Assise dans le bureau – antichambre où l’avait placé Vangrance en attendant qu’il en ait terminé avec son rendez-vous, elle regardait vaguement autours d’elle en ne sachant pas vraiment que penser de l’endroit et des deux interlocuteurs dont elle n’entendait rien à côté.

Cette entrevue l’avait presque vidée de ses forces. Partant de ce constat, elle hésitait à taxer Vangrance de vampire spirituel, à moins que ce ne soit le fait de la bête, ou encore de l’énergie malsaine qui imprégnait les murs ici. Rien à faire, elle ne parvenait pas à réfléchir clairement et faire le point sur les multiples impressions qui l’assaillaient !

En cas de problème, lui avait expliqué un des ses anciens « professeurs », un voleur qui avait dû quitter Passifloriane précipitamment, il pouvait être bon de laisser glisser les pensées qui s’agitaient. Elles prenaient forme un instant et puis disparaissaient. A la manière de ceux qui enfreignent la loi, plaisantait-il, plus on cherche à les limiter et à les ordonner, et plus elles se plaisent à semer le chaos. Laisser glisser…

Autours d’elle des étagères avec des piles de papiers… Des copies d’élèves ? … Un grand bureau terne… Deux portes… Pas de clef sur celle menant au bureau jumeau où se passait l’entretien… Pas de clef… Un verrou… Vangrance avait-il vraiment bien fermé derrière elle ? … La porte menant à la salle de la bête était ouverte, non ? … Avait-il tiré derrière Phenal ? … Il n’y avait pas de serrure à l’intérieur… Qui pouvait être assez fou et orgueilleux pour avoir un bureau qui donne sur la prison d’une bête qui rêve de vous ouvrir le ventre d’un coup de griffe ? … Peur… Était-ce vraiment elle qui l’effrayait tant ? … Ou bien une impression diffuse ? … Porte ouverte… Qui serait assez fou pour vouloir tirer parti des portes ouvertes ? … Pas de clef… Des verrous…

Dans ce rêve qui l’avait tant troublé aussi… Pas de serrure… Des verrous… Elle était sortie d’un lieu fermé d’une clef et d’un verrou, mais rien de l’autre côté. Une prison forcément. La clef d’Élisabeth aurait-elle les souvenirs de celle qui était parvenue à s’échapper d’une prison qui en avait conduit tant sur le bûcher ? Encore cette impression que les brumes de son rêve prenaient de la substance dans la réalité !

Précipitation ?

Quelque chose derrière la porte ? Des paroles ? Quelqu’un parlait à la bête ?

De la peur.

Aussitôt qu’elle eût pris conscience de cette impression, elle ouvrit la porte de la salle de la bête. Vangrance, Phenal derrière lui. Cage ouverte. Mais ce n’était pas tout. Quelqu’un avait abîmé le dessin des glyphes peints au sol autour de la créature prisonnière qui tirait sur sa chaîne pour l’arracher du mur et assouvir sa vengeance.

Malgré le danger imminent, Vangrance parvint à rester admirablement maître de lui et s’avança vers la cage avec un bâton. Violette comprit alors qu’il cherchait à rattraper la clef qui avait été jetée là.

La porte… La porte était bien ouverte. Pas seulement celle de la cage, mais celle qui conduisait au reste de Sainte Myriam. Si elle avait eu un doute pour celle-ci, elle n’en avait pas pour la suivante qui était demeurée également ouverte pour la venue de Phenal. Si le fauve parvenait à arracher ses chaînes, et cela pouvait arriver d’un instant à l’autre, tous les étudiants encore présents à l’université seraient en danger, de même que les enseignants qui n’étaient pas mage, sans compter les villageois dans les environs !

La bête voulait fuir, mais ne savait sans doute pas où mettre bât, une mère devenant sans doute encore plus agressive pour protéger ses petits par la suite… Et si ceux-ci vivaient, à la vue de ce qui grouillait sous sa peau, il y en avait pour une petite dizaine.

Phenal à côté de Violette avait suivi sans doute le même raisonnement. Il avança vers la sortie sans gestes brusques pour ne pas gêner Vangrance qui cherchait apparemment à apaiser la créature en disant quelque chose dans une langue que la jeune femme ne connaissait pas. Peut-être était-ce la langue du monde supposé être celui d’origine de la bête ?

Les efforts de Vangrance lui permirent de récupérer la clef et de refermer la cage tandis que Phenal était en train de voir comment fonctionnait l’étrange verrou intérieur. Même la bête semblait s’être résignée…

Quand Violette cria de surprise !

Le fauve était parvenu à suffisamment arracher sa chaîne pour qu’un unique bond puissant lui permît de se projeter contre la porte derrière laquelle se trouvait encore Vangrance. Sous l’impact, la cage qui aurait dû pourtant tenir, se déforma et céda durant un instant qui s’étira horriblement pour les témoins interdits.

Vangrance criait au milieu des feulements, écrasé doublement, cherchant à se dégager sous le métal et les griffes. La bête profitait de ce que les barreaux étaient assez larges pour passer sa patte, ses crocs pouvaient lacérer et étouffer.

Sans arme, et trop prise de court pour user d’un sort de guerre, Violette demeurait comme paralysée. Comment repousser un fauve qui pesait au moins huit fois son poids ? Il fallait faire quelque chose ! Sinon pour Vangrance presque mort, au moins pour se sauver elle. C’était un cul de sac ! Phenal faisait danser sa main et une lueur rouge l’entourait, certainement un sort de destruction. Pourvu que ce ne soit pas une sorte de boule explosive !

L’éclat de lumière avant celui de l’impact. Elle se jeta à l’intérieur de la pièce, accroupie. Une multitude de raclements d’ongles sur un tableau noir et de bris de verre.

Que s’était-il passé ?

Violette se leva et chercha à discerner quelque chose dans la poussière levée dans l’air. Les murs touchés à plusieurs endroits avaient été pulvérisés sur presque un centimètre de profondeur. Pour terrifiante que fût l’attaque, elle manquait de précision. La bête chancelante se relevait et faisait à présent face à Phenal qui avait intérêt à agir vite. Plusieurs des petits du fauve avaient cessé de grouiller sous sa peau, gisant en bouts de chairs sanguinolents au milieu des débris et du corps inerte de Vangrance.

Si jamais il était encore en vie, songea un instant la jeune femme, mais en fait, elle n’imaginait pas que ce fût possible. Elle certainement serait morte elle aussi si… Si… Phenal !

Il fuyait ! La bête lui envoya une volée de piquants acérés, mais la plupart se fichèrent dans la porte. S’il croyait que du bois épais suffirait vraiment ! Mais un grondement sourd ne tarda pas à envahir l’air.

Violette comme la créature restèrent soudain immobiles à se demander si le mage n’avait pas poussé le choix de moyens plus expéditifs les uns que les autres à provoquer un effondrement !

Au tremblement succédait une sorte de chuintement. Il semblait qu’une dizaine de serpents minéraux sortaient du sol et entouraient la porte à la manière d’un mur d’épines. En somme Phenal condamnait le passage. Une méthode certainement excellente et logique, songea Violette, si toutefois elle n’avait pas été du mauvais côté de la porte. Elle se rendait compte aussi bien du danger de mort imminente qui l’attendait, que de l’indifférence pragmatique et cruelle de Phenal, et étrangement, tout lui paraissait évident, presque normal… La paix à l’abord du trépas ? songea-t-elle proche de rire aux larmes.

Pensée aberrante, la jeune femme songea que celui qui avait manqué de la déchiqueter n’avait pas moins insisté pour l’amener dans son lit. Une partie de son esprit se demandait si elle devait se vexer de ce qu’il l’ai prise pour une dinde qu’il pourrait consommer à sa guise comme des dizaines d’autres, ou bien être offusquée de ce qu’après des avances qu’elle avait ignoré, il se moqua bien plus de son sort qu’elle n’aurait été indifférente de le voir mourir ? Ainsi, quand elle aurait voulu ne bénéficier d’aucune attention, il n’en avait pas été le cas ; et à présent qu’elle aurait apprécié quelques égards pour sa sécurité, elle devait admettre être traitée en simple gêne, quantité négligeable.

Conclusion ? Elle avait eu raison de le trouver répugnant. Il faudrait lui trouver une dénomination appropriée pire que celle de Cafard Puant de Thibotin. Du moins, si elle en réchappait.

Le fauve aux piques chercha un temps à défaire l’obstruction qui venait d’être nouée. Mais il fallait se rendre à l’évidence : les lianes de pierre qui avaient poussé là étaient à peu près aussi solides que les murs.

Grondante et tremblante, la bête se retourna vers la dernière personne en vie. Que la jeune femme fût indemne semblait une injure au chaos fumant et brisé ambiant. Dans un élan  proche du désespoir, Violette, se précipita à l’intérieur de l’antichambre et ferma le verrou en espérant que la créature était suffisamment lasse pour ne pas insister et donner du temps aux secours qui ne tarderaient certainement plus.

Main crispée sur la fermeture du verrou, la seconde grande ouverte sur le bois de la porte comme pour tenter de voir au travers par la paume, agenouillée sur le sol froid. Elle n’était pas loin de prier. Si seulement elle avait su quelle divinité ou providence étrange voudrait bien veiller sur elle. Sirona, dame de l’étoile, porteuse d’espoir…

Une griffe indécise raclait le bois.

Dame d’espoir… Mais derrière la porte, c’était un chaos de désespérance. Les portes resteraient closes. Et les petits grouillants seraient sans doute tués eux aussi… Aide-moi ! Était-il possible que la bête… ?

Atterrée et glacée, Violette sentait des larmes lui venir. Les grattements qu’elle sentait plus qu’elle n’entendait ressemblaient à ceux d’un chat qui voudrait sortir et demande qu’on lui ouvre…

Évitant de trop réfléchir, elle tira le verrou et ouvrit la porte.

La tête de la bête était à sa hauteur quand elle était accroupie. Le museau était humide et les flancs sanglants. Une partie des petits continuaient de se tourner et retourner. Eux aussi voulaient sortir.

« Ma pauvre grosse bête, murmura Violette véritablement émue, je suis tellement désolée… Je ne peux rien faire pour toi… »

Un regard bleu glacé.

C’était complètement fou… Mais il lui semblait qu’elle lui avait… parlé ? Encore !  « Petite, où se trouve la plus proche bouche des Enfers ? Ta clé ? Une clef de Refuge ! Peux-tu me la prêter ? »

La clef d’Élisabeth ? La bête essayait d’attirer son attention dessus depuis tout à l’heure ? Cette insistance des images de verrou, c’était elle ? Ou pas totalement ? Le langage muet de l’esprit de la créature permettait de transmettre quantité d’informations, mais présentait un défaut indéniable par rapport à la parole : il devenait difficile de savoir ce qui était pensée envoyée, pensée reçue, pensée émise, réflexion… Un chaos d’osmose émotionnelle.

« J’ai bien une clef, mais j’ignore d’où elle vient ou ce qu’elle ouvre… »

A cette pensée d’ignorance répondit un flot d’images dont la plupart étaient embrumées si bien que Violette crût n’avoir rien compris. Une porte qui se présentait d’elle-même à ceux qui veulent fuir. Le Refuge absolu. Hors du temps et de l’espace…

La jeune femme prit la clef dans sa paume ouverte et la bête posa sa patte sanglante dessus. Tout l’air devint moite et comme cotonneux… Des brumes vivantes… Une sensation de froid intangible et incertaine…

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