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Maudite cheminée ! Saleté de cafard curieux ! Et maintenant l’enquête avait lieu dans le bureau de Honau ! Toutes les rumeurs les plus folles se mettaient à accuser le mystérieux voleur de cette nuit de tous les torts et de tous les crimes ! Le prochain qui perdrait une chausse en viendrait à la charger également de cette paille !

Au moins le talent qu’elle avait utilisé pour se tirer de ce mauvais pas n’était pas aussi aisément identifiable que les sorts qu’on enseignait à Sainte Myriam. Du moment qu’Eginard ne lui avait pas fait une publicité telle que tout le monde connaissait l’origine de la fortune de sa famille… Lucas… Parviendrait-il à tenir sa langue devant le sergent ? Aurait-il l’air sincère en mentant ? En était-il réellement capable ?

Toujours le doute lors des interrogatoires séparés : l’autre allait-il baver ? La coquer ? Violette commençait à désagréablement sentir le violon… Elle était passée avant lui… Il suffisait juste qu’il ne se laissât pas impressionner par une grive de campagne… Ce n’était pas comme si un curieux de Passifloriane lui jouait de la batterie pour qu’il crache le morceau…

En plus le sergent était juste un brave homme du coin qui avait dû s’occuper avant tout de vols de navets, bagarres de taverne, et braconnage. Deux meurtres et un vol, c’était beaucoup pour lui. Il était consciencieux, mais ce ne serait pas étonnant qu’il fasse d’ici quelques jours une demande auprès d’Aven pour avoir un véritable enquêteur en renfort.

Un profond soupir s’arracha à sa poitrine à la pensée qu’un spécialiste débarque et vienne lui pourrir la vie à cause de la maladresse de ce cafard puant, le titre désormais officiel désignant l’honorable professeur Thibotin. Après cette destruction de la faïence d’Élisabeth elle avait récupéré une clef, mais elle n’avait pas la moindre idée de l’endroit qu’elle ouvrait, et la perspective de l’essayer sur chaque serrure de l’université l’emplissait d’une profonde lassitude. En plus, si ladite serrure n’était pas enchantée, il n’était probablement même pas nécessaire d’avoir la vraie clef, enfin, pour elle, car Lucas ou d’autres seraient bloqués par de tels obstacles…

Quand elle entendit des pas légers dans les feuillages secs, elle manqua presque de se lever en sursaut, Lucas revenait enfin de son interrogatoire, apparemment assez éprouvé nerveusement, mais son expression ne laissait pas supposer une catastrophe imminente, elle reflétait plutôt celui qui a réussi un examen surprise auquel il n’était pas préparé et pour lequel son improvisation a porté ses fruits.

Sans aucune salutation à part un vague signe de la tête, Lucas lui lança :

« Qu’est ce que tu as dit ?

- La vérité bien sûr : je ne sais rien, aucune idée sur l’identité de ce voleur et la nuit je dors à poing fermé.

- Ah oui, évidemment… Pareil… J’aurais pensé qu’il insisterait un peu plus, mais il faut croire que de temps à autre les titres de noblesse ont du bon, on est tout de suite plus difficilement soupçonné d’être un vil voleur qui se glisse la nuit dans les murs d’une honorable institution pour y semer le trouble…

- Dis donc, avec tout le respect qui t’est dû par ton sang et tout, tu n’aurais pas eu l’occasion d’en savoir un peu plus sur ce qu’ils savent et leur enquête ?

- Pas grand-chose. Le mobile est incompréhensible, même si de toute évidence, cela pourrait avoir un lien avec les fouilles archéologiques. Il semble que le doyen qui au début voulait nier l’affaire, est devenu beaucoup plus intéressé. Peut-être même qu’il accompagnera le sergent pour aller interroger des étudiants qui ont participé au chantier et n’habitent pas trop loin. Cela dit, le mot d’ordre reste tout de même la discrétion, hors de question de risquer de ternir la réputation de l’université. Officiellement cela reste une enquête de routine qui doit éclaircir l’état des recherches entreprises par feu le Professeur Honau afin de pouvoir donner toutes les informations nécessaires à son successeur.

- … Et Eginard ? … Quelqu’un a … Sa famille n’est toujours pas au courant ?

- Je ne sais pas ce qui est prévu. C’est stupide, mais je ne peux m’empêcher de penser à sa réserve de chocolat… Quelque part, ça me paraît absurde que quelqu’un qui aimait tellement manger se fasse tuer, comme ça…

- Les meurtres sont souvent choquants, tellement irréels. On n’a pas le temps de se préparer à ce qui va arriver, et la suite des événements est tellement précipitée qu’on n’arrive pas à se faire à l’idée… Et après… Plus personne n’a envie de revenir sur ce qui s’est passé et tu te retrouves seul… Avec cette cassure…

- … Violette ?

- Quoi ?

- … Non, enfin… La façon dont tu en parlais… On dirait que…

- Oui, je sais de quoi je parle, et non, je n’ai pas envie d’entrer dans les détails.

- Pardon… Il n’était nullement dans mes intentions de paraître indiscret… Mais si tu as envie… Un jour peut-être… Je serais là… Si tu veux…

- Le passé est mort, le futur n’existe pas encore, si nous nous intéressions plutôt au présent ?

- Pourquoi pas, seulement, dans le cas présent justement, notre situation me paraît fort influencée par le passé, et je ne fais pas référence uniquement aux événements récents. Quand nous nous sommes croisés tout à l’heure, tu as évoqué la faïence d’Élisabeth dans le bureau du Professeur Honau, et justement, quand j’ai feuilleté …

- Oh ! Il va falloir les cacher ! Si jamais il y a des fouilles dans tout Sainte Myriam, tu seras identifié avec les affaires de Honau ! Où sont-elles ?

- Dans ma chambre… Mais où veux-tu que je les mette ?

- … Et pourquoi pas dans la bibliothèque ? Un livre de plus ou de moins ? Il suffirait de se rappeler où ils sont ? Comme ça, même si quelqu’un les remarque, impossible de faire le lien avec nous du moment qu’on ne nous voie pas les poser !

- … A vrai dire, j’imaginais que tu me proposerais une cachette secrète, dans un souterrain, ou je ne sais quoi d’autre du même genre…

- Bien sûr que nous pourrions les mettre dans les sous-sols près des chaudières, mais sincèrement, tu ne crois pas que nous serons moins en danger si nous ne faisons qu’un unique déplacement avec eux ? S’ils sont trop bien cachés, nous nous exposerons forcément pour les consulter en cas de besoin !

-… Tout ça parce que tu pense que nous allons être fouillés…

- Je ne le pense pas, j’en suis persuadée. Que crois-tu qu’il va se passer maintenant ? Deux hommes ont été tués, le colloque a plus ou moins été interrompu, de même que les cours de rattrapage.  Qu’un professeur d’un certain âge, sans famille ni ami meure, ce n’est pas un drame, mais là, Eginard a été tué, et même s’il a toujours parlé de sa famille comme d’une bande de pécores sans aucune éducation au point qu’il a changé de prénom en s’inscrivant…

- Ah oui ? Mais comment …

- Pierrot. Oui, c’est moins distingué qu’Eginard... Il est le fils d’un coq de village, des paysans qui ont réussi en somme. Je n’ai jamais su l’étendue exacte de leur fortune… En plus si elle se compte en terres et en bêtes… J’imagine mal ces gens avoir réellement de l’influence, mais qui sait… Et ils peuvent de toutes façons faire une publicité désastreuse pour Sainte Myriam qui perdrait des étudiants et donc des revenus… Le brave Sergent Dumarais, il n’a aucune chance de réussir à faire la lumière sur l’affaire. D’une certaine façon, il le sait, et logiquement, il va demander du renfort à Aven. Je ne connais pas les enquêteurs dans cette ville, j’imagine qu’ils sont moins teigneux qu’à Passifloriane, mais même si c’est le cas… Ici, ça va être désagréable pendant un petit moment…

- Je ne voulais pas t’interrompre pendant ton exposé… Mais tu sais que les cotisations des étudiants ne couvrent qu’une faible part du fonctionnement de l’université.

- Comment ça ?

- Eh bien, il y a les terres avoisinantes, celle du village et quelques bois… Je ne me suis pas penché sur le détail, le fait est que Sainte Myriam dispose de revenus fonciers tout à fait intéressants. Mais ce n’est pas tout, il y a aussi des mécènes qui me paraissent assez intéressés en fait.

- Où veux-tu en venir ?

- Pour être franc, je n’en ai aucune idée ! Je pensais juste aux invités, ceux de Rangar et de Silvenige qui vont être bloqués ici. A moins que je ne me trompe du tout au tout, ils ne sont pas là juste pour la beauté de la cause. Tu connais beaucoup de colloques qui durent aussi peu de temps ? A voir ta tête le sujet ne t’a pas effleuré l’esprit ! Peu importe. Les années précédentes ces réunions étaient sensiblement plus longues. Je ne sais pas trop ce qui s’est passé, mais j’ai eu un peu de temps pour y réfléchir, discuter… J’en suis venu à me demander si Sainte Myriam n’a pas un contrat de recherche avec les institutions d’où viennent nos visiteurs. En tant qu’enclave autonome, notre université dispose d’une grande latitude pour ce qui est de ses thèmes d’étude. Avec les territoires peu peuplés alentours, il est théoriquement possible de faire des essais sur pratiquement n’importe quoi…

- Tu penses à Vangrance ? Il ferait des invocations de démons pour des armées ?

-… Je ne sais pas… J’espère qu’il ne fait rien de tel ! J’avais plutôt songé à des explosifs alchimiques. Notre université dispose de locaux et de matériels de qualité, des enseignants qualifiés, des laboratoires de recherche…

- Lucinde ! Oui, le « visiteur » de Silvenige, celui que j’ai dû trimballer dans les jardins avec son teint de cadavre, il n’a pas arrêté de me poser des questions sur les installations en alchimie et médecine, sur les salles souterraines, à peu près tout en fait… Je n’arrivais pas à croire que quelqu’un puisse trouver un intérêt à ça, mais peut-être que c’est une affaire d’espionnage ?

- Tu voudrais dire que la mort de Honau est un hasard ? Il aurait été témoin de quelque chose et… ?

- Non… Enfin… Je ne sais pas… Mais il y avait quelque chose avec ce qu’il a trouvé, donc… Plutôt non… J’ai du mal à imaginer un lien, je veux dire que le retour de Honau ne pouvait pas être prévu, et l’espionnage comme la recherche militaire, c’est plutôt le genre à vouloir tout contrôler dans les moindres détails.

- J’ai l’impression que rien ne tient debout, soupira Lucas. Dès que nous essayons d’avancer une idée, les autres s’effondrent, c’est encore plus horripilant que de monter un château de cartes !

- … Le château de cartes, moi j’ai surtout l’impression que nous n’allons pas tarder à le voir s’effondrer… Sainte Myriam… Officiellement ici, les enseignants sont libres de leurs recherches et égaux à travers leurs chairs et facultés. Ils sont censés être choisis par cooptation afin garantir la bonne entente et la qualité du travail…

- Effectivement, on commence à en être assez éloigné. Mais ce n’est pas d’aujourd’hui. Le journal du Professeur Honau évoque la mort de « notre fantôme », Dame Élisabeth, dont le patronyme n’est jamais cité. Il faut lire entre les lignes pour avoir une bonne idée de la succession des événements, et encore. Tu me diras qu’il se parlait à lui-même… J’aurais toutefois préféré quelques efforts minimes de sa part. On dirait qu’il avait peur d’être clair et explicite même dans son propre journal intime !

- Peut être qu’il craignait d’être lu ? suggéra Violette

- Dans ce cas autant ne rien écrire du tout ! Désolé, je m’emporte. Le manque de sommeil ne me réussit pas particulièrement. Autant en revenir à  l’essentiel, enfin, ce que j’ai compris. Élisabeth était étudiante à Aven, pas de précision sur les matières dans lesquelles elle était inscrite. Là bas, elle a été en relation avec Vangrance et Thibotin. Il semble qu’elle ait été très proche de … Quoi, qu’est ce qui te fait rire ?

- Non, non, je ne voulais pas te gêner ! pouffa Violette. Je pensais juste que tu te plaignais de ce que le journal de Honau était difficile à comprendre… Heureusement pour toi qu’il n’était pas du genre à écrire « V » pour Vangrance, « E » pour Élisabeth… Parce que là, vraiment, vingt ans après, on n’aurait vraiment eu aucune chance de savoir de qui il s’agissait ! … Vangrance et Thibotin, jeunes ? J’ai du mal à imaginer ce que ça pouvait bien donner !

- Si ça ne te dérange pas, je vais revenir à nos jeunes professeurs, reprit Lucas un peu décontenancé. Apparemment Élisabeth prenait des cours assez sulfureux auprès de Vangrance…

- Des orgies avec des sorcières dénudées et des démons bien membrés ? proposa la jeune fille avec un clin d’œil.

- Des quoi ?! s’étouffa le pauvre Lucas… »

L’espace d’un instant, l’image évoquée par Violette s’immisça dans son esprit, aussitôt chassée avec un soupçon d’irritation et de stupéfaction. Bien sûr, elle parlait parfois en argot et c’était incompréhensible, et oui, elle avait des manières douteuses, mais là… La seule explication à sa totale stupéfaction était qu’elle avait dû dormir un peu plus de quatre heures cette nuit, ne passant pas comme lui une éternité à lire à la lueur d’une lampe à huile de vieilles histoires… Il avait vraiment besoin de sommeil.

« Lucas, tu es sûr que tu vas bien ? Tu as l’air mort de fatigue mon pauvre ami. Une vraie tête de suspect ! Non, je plaisante, tu rayonnes encore bien tes origines… Mais ce soir, je serais toi, j’irais me coucher tôt.

- Et toi, tu vas me dire que tu n’es pas fatiguée de la nuit ?

- Il faut croire que d’être un oiseau nocturne est de famille… Au final, qu’est ce qui s’est passé avec Élisabeth ?

- Apparemment, en pleine chasse aux sorcières elle a été dénoncée. Elle a réussi à fuir pour trouver refuge ici à Sainte Myriam. C’était le Professeur Honau qui s’occupait de la bonne marche de l’université durant l’épidémie. Quand il a compris qu’elle voulait se cacher ici dans les appartements de Vangrance, il a paniqué, enfin, surtout quand un messager est arrivé d’une ville malade pour la réclamer. Pendant quelques jours il a régné un certain état de confusion, et puis elle paraît s’être suicidée.

- Rien sur la clef ?

- Il semble qu’elle ait parlé de souterrains, mais rien de clair. Ses effets personnels ont été donnés à Vangrance quand il est revenu… Peut-être qu’il les a encore ?

- J’avoue que je suis un peu plus réticente à l’idée d’aller voir chez lui ce qui s’y cache. Tu te rappelle que sa spécialité ce sont les sorts de type « contrôle », en clair : convocation de démons ou autres créatures déplaisantes, emprise sur autrui, la volonté, possibilité d’immobilisation, d’influence sur l’esprit, les sensations… Rien que d’y penser j’en ai la nausée !

- Si Eginard était toujours vivant…

- Ne rêve pas, jamais il n’aurait trahi son maître adoré pour nous donner quelque chose lui appartenant ! Sérieusement, je suis d’accord que ce serait intéressant de jeter un œil chez lui, mais alors uniquement quand il est à bonne distance de Sainte Myriam ! … Et encore, je n’ose pas songer à ce qu’un homme comme lui peut prévoir pour protéger son intimité…

- En attendant, je peux te parler des fouilles… Là aussi, j’ai trouvé moins d’informations que je ne l’espérais. Je t’épargne les détails techniques sur le fort en ruine et à quoi il a bien pu ressembler il y a quelques siècles. Le Professeur Honau avait discuté avec un éclaireur barbare faisant office de sentinelle. Malgré les difficultés de communication dues à une faible maîtrise de leurs langues réciproques, il a pu comprendre qu’il y avait des mouvements de troupes inhabituels dans la région. Ensemble, ils ont fait quelques « promenades » dans les environs du chantier. Effectivement, il y avait une réunion de guerriers non loin, pour le reste il y a peu de détails, et l’écriture était assez elliptique : les chefs armés disposaient d’un globe de cristal de ceux qui sont utilisés pour la communication sur de longues distances entre deux personnes liées, ces objets étant généralement fabriqués sur mesure et à la commande, donc logiquement, ces hommes étaient en relation avec quelqu’un d’assez raffiné. Et puis rien d’autre.

- Imaginons ce qu’il a fait. Je suis Honau, un homme d’un certain âge, professeur respectable. J’ai passé toute ma vie ou presque à Sainte Myriam à m’occuper de mes pigeons plus que du reste de l’humanité. Je ne suis pas courageux, mais je suis consciencieux. Cette année mes fouilles sont gênées par une possible bande de pouilleux pillards en peaux de bêtes. Je ne me laisse pas impressionner par ces analphabètes et je vais voir de quoi il retourne. Mais là, je comprends qu’ils ne plaisantent pas. Ce sont des tueurs, des professionnels, des guerriers, peut-être des mercenaires comme il s’en fait tant engager dans les villes… Je repars donc… Vite, vite, retour à la maison pour réfléchir. Je ne dis rien à personne parce que j’ai peur… Peur de quoi ? D’attirer le malheur sur moi ? D’être au premier plan ? De ce qu’on ne me croie pas que ces hommes m’auraient tué sans hésiter ? Pourtant je m’inquiète, et sitôt revenu à la première poste, j’écris pour prévenir… Qui ? Un poste de garde avancé apparemment, lequel me répond immédiatement par retour de courrier, à ma demande pour me dire que tout va bien, ils vont vérifier ce qui se passe… Mais moi, je n’ai pas reçu cette nouvelle, je suis mort avant. Donc j’ai eu à peu près une dizaine d’heures pour me faire un sang d’encre. J’ai parlé de mes doutes à au moins une personne et je comptais le dire au doyen le lendemain. Peut-être que je me suis posé des questions sur le globe de communication ? Y’a-t-il moyen de savoir qui en possède dans les environs ? Ou alors, peut-être que je m’inquiète de savoir si le groupe de barbares est la seule troupe armée dirigée par globe de communication ? Après tout, je peux bien soupçonner qu’un individu audacieux pourrait mener une opération d’envergure ? Pour quoi faire ? Une attaque de front sur Aven serait stupide… Piller Sainte Myriam ? Difficile d’envisager ça comme une hypothèse sérieuse… Alors quoi ? Mais je ne le saurais pas car je suis mort. Assassiné par un homme qui n’a pas apprécié mon retour précipité ? Donc, ce serait que je me suis fait remarquer de celui qui a organisé le mouvement de troupes, à moins que ce ne soit un de ses complices, mais dans ce cas, c’est une opération d’envergure ! … Qu’en dis-tu ?

- Que je suis impressionné ! Je n’imaginais pas une synthèse aussi claire… Ce qui m’ennuie, c’est que ça paraisse tellement extravagant comme mobile de meurtre…

- Pas nécessairement. Si l’organisateur de l’affaire a besoin pour son plan que tout se passe sans retards, alors l’intervention de Honau aurait pu vouer ses efforts à néant.

- J’ai tout de même du mal à imaginer que des choses pareilles se passent ici.

- Mais qu’est ce qu’il te faut pour comprendre que Sainte Myriam ne vaut pas mieux que le reste du monde ? Nous ne sommes pas à l’abri des crises du monde extérieur ici ! Crois-moi, ça ne me plaît pas non plus. Je croyais qu’ici je ne serais plus concernée par les problèmes que j’avais… J’espérais… Un refuge… Un lieu hors du monde, qui ne serait peuplé que de gens ayant des intérêts communs, guidés par le désir de faire des recherches qui n’auraient pas nécessairement d’applications, simplement pour la beauté du geste… Pas de politique, pas de corruption… Pas de meurtre, conclut Violette.  

- Tu suggères qu’il ne sert à rien de rester ici pour éviter de nous confronter à ce que nous redoutons ?

- A peu près. Je voulais me reposer… Mais avec le temps, j’ai pris goût à cette quiétude, à l’absence de soucis matériels. Je ne voulais plus retourner dans le siècle. Et maintenant c’est lui qui revient se présenter à notre porte. Il n’y a pas d’issues… Je crains qu’il ne faille supporter de retourner dans le monde et sa machine qui s’emballe pour un rien…

- Et maintenant ? Nous avons une bonne idée de la cause de la mort du Professeur Honau ainsi que de celle d’Eginard. Nous soupçonnons qu’un coup de force violent aura bientôt lieu… Faut-il aller le dire au sergent ?

- Tu tiens vraiment à lui avouer déjà que tu as menti sur toute la ligne ?

- Nous pourrions nous mettre la tête dans le sable et attendre que la crise passe…

- … En espérant ne pas être emportés par le courant ? C’est la solution de facilité. La plus tentante, je suis d’accord avec toi… Mais avons-nous vraiment envie d’être victimes de nos vies ? De n’avoir pas plus de prise sur les événements que des fétus de paille jetés dans un torrent ?

- Crois-tu sérieusement que quoi que nous puissions faire pourrait avoir la moindre incidence justement sur ce cours des choses ?

- Je ne sais pas… Mais savoir que quelque chose se passe, et faire comme si de rien n’était… C’est un peu comme les enfants qui ferment les yeux en croyant qu’on ne va pas les voir, ça ne marche pas.

- Allons expliquer la situation au doyen, proposa encore Lucas, il minimisera certainement notre action pour ne pas faire trop de vagues ?

- Nous pourrions le faire, mais dis-moi sincèrement, as-tu confiance en lui à ce point ? Peut-on se défausser de sa responsabilité au profit d’un inconnu possiblement sénile et qui bénéficie d’un poste important ? Parce qu’une fois que nous lui auront dit, nous n’aurons plus aucune marge d’action et en seront réduits à observer sans rien pouvoir faire. Franchement, à la base, je ne me sens pas de sympathie particulière pour lui, mais quand tu me dis en plus qu’il est accoquiné avec des personnes extérieures pour mener ici des recherches qui ne peuvent l’être ailleurs pour toutes sortes de raisons, cela ne m’inspire vraiment pas de lui donner ma vie…

- Il n’est pas question de lui donner ta vie !

- C’est une façon de dire qu’après ça, nous serons uniquement dépendants de lui. Nous lui donnons mandat sur nos vies. D’ailleurs qui te dit qu’il n’est pas lui-même déjà impliqué ? C’est peut-être lui l’assassin ? Ou alors c’est un complot et plusieurs personnes sont dans le coup ?

- … Violette, tu commences à m’inquiéter…

- Je commence seulement ? »

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