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Le bourreau est présent dans la plupart des univers médiévaux-fantastiques, agent de la tyrannie ou d'une justice expéditive. Quelques prises de notes à son propos peuvent contribuer à étoffer son rôle et en faire une figure plus importante dans les histoires, ou une option dans les historiques. Cette charge, souillée d'infamie, est, avec le temps, souvent héréditaire, au point qu'il existe des dynasties de bourreaux par exemple.

Source : « Le bourreau en France à la Renaissance » par Bruno Méniel,in Pittion, Jean-Paul, and Stéphan Geonget. Droit et justice dans l’Europe de la Renaissance : Colloque des 02-07 juillet 2001. ˜Le savoir de Mantice 17. Paris : H. Champion, 2009.

L'émergence d'un métier

Ci-dessous un extrait de l'article qui évoque l'apparition du métier de bourreau et donne quelques anecdotes utiles pour tout Meneur qui cherche à rendre le cadre de jeu plus vivant, voire cherche des idées pour créer des situations inattendues... comme la proposition de reconversion professionnelle à un voleur... ou le tirage au sort du dernier arrivé en ville ou dans un ordre...

Une extension du métier de juge ou le hasard

« À l’époque mérovingienne, ceux qui procèdent aux exécutions capitales sont soit les personnes qui, en qualité de juges, les ont décidées, soit des personnes désignées par le sort : le dernier arrivé en ville, le dernier marié, le dernier reçu dans la magistrature, le plus jeune reçu dans le corps de ville. Aucune infamie ne s’attache alors à cette action qui, dans le premier cas, est le prolongement naturel du jugement, et, dans le second, apparaît comme fortuite et occasionnelle.

Compétences requises pour un bourreau professionnel

" En France, ce n’est qu’au XIIe siècle qu’apparaît le bourreau professionnel, dont une ordonnance du temps exige « qu’il sceut faire son office par le feu, l’espée, le fouet, l’écartelage, la roue, la fourche, le gibet, pour traîner, poindre ou piquer, couper les oreilles, démembrer, flageller ou fustiger, par le pillory ou l’échafaud, par le carcan et par telles autres peines semblables, selon la coutume, mœurs ou usage du pays, lesquels la loi ordonne pour la crainte des malfaiteurs ».

Boureau à temps partiel, boucher le reste du temps

" Alors et pendant longtemps, on fait appel à des bouchers. En 1450, les règles du pays de Caux précisent que, si le bourreau ne trouve pas d’aide, il pourra « requerir bouchers ou tueurs d’aulcunes bestes pour l’office de valets quand iceux maqueront et si aucuns s’y refusent le bailly les fera fouetter ès carrefours de la ville ». L’un des bourreaux les plus célèbres à Paris, au XVe siècle, Maistre Capeluche, était boucher à la Grande Boucherie située près du Grand Châtelet, qui hébergeait à la fois un tribunal et une prison.

Des repris de justice devenant bourreaux

" Sans doute le travail de bourreau inspire-t-il aux bouchers une certaine répugnance, car il est nécessaire de recruter aussi parmi les repris de justice. Ainsi, en 1414, la duchesse Marguerite de Bavière, épouse de Jean sans Peur, accorde à Jehan Lescuyer, qui a commis un vol dans sa maison et a été condamné à avoir les deux oreilles coupées et à être banni, une lettre de rémission : l’exécution du jugement est suspendue à condition que le condamné accepte l’office de bourreau dans le bailliage de Dijon. L’activité de bourreau ne devient un métier que lentement. » (p.210)

Bourreau au quotidien

Des règles de vie du bourreau

Le bourreau a pour charge, outre les exécutions :

  • L’extermination des animaux errant dans les rues des villes
  • Surveillance de la salubrité des rues et de l’enlèvement régulier des tas de fumiers
  • Surveillance des prostituées qui lui versent par ailleurs une taxe

Privilège du droit de havage

Par son office, il a le privilège du droit de havage qui consiste à pouvoir se servir d’une poignée (à la main ou avec une louche) de chaque denrée présente sur les étals du marché.

Un personnage proche du monde des morts

Hors du monde des vivants

« En général, il est contraint de résider à la limite ou en dehors de la ville. En effet la souillure se communique au lieu qu’il habite. […] Le bourreau fait partie, avec les usuriers, les teneurs de maisons de jeu et les joueurs de profession, les prostituées et les souteneurs, les ribauds, les comédiens, de ceux qui, en raison de leur profession sont qualifiés d’ « infâmes » de fait, auxquels il n’est licite ni d’accuser, ni de témoigner en justice. Le statut de bourreau est donc contradictoire : d’une part, il est un rouage indispensable de la machine judiciaire, d’autre part, il n’a pas le droit d’ester en justice. Il est un hors-la-loi essentiel à l’action de la loi. » (p.212-213)

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Et si le bourreau était lésé, lui ou sa famille ? Qui lui rendrait justice s'il ne peut bénéficier de celle des Hommes ?... Si on admet qu'il ne fait pas tout à fait parti du monde des vivants, mais qu'il se situe sur le seuil, alors il faudrait craindre qu'il ne bénéficie de la protection de quelque sombre entité qui agiront pour châtier la profanation dont leur agent a fait l'objet. Violer, voler, piller, tuer... les membres de la maisonnée du bourreau pourrait se révéler finalement bien pire que ce que pourrait faire subir la garde ou le juge.

Des pouvoirs de guérisseur

Ce statut particulier lui confère une aura de sacralité, se voyant attribuer la capacité de purifier la cité et de fournir des remèdes aux malades. Il accomplit la justice du roi et figure comme son versant obscur, ténébreux, sa face sombre.

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Il est aisé d'imaginer que le bourreau, tout comme le forgeron par exemple, bénéficie d'une tradition occulte, lui donnant des connaissances sur le monde des morts, mais également les moyens de se protéger et guérir. Il devient un passeur entre la vie et la mort.

L'exécution comme ordalie

« Le bourreau accomplit la justice de Dieu. Tout obstacle imprévu auquel se heurte le déroulement de l’exécution est compris comme une intervention divine en faveur du condamné et lui vaut une grâce immédiate. » (p.215) Si le bourreau cherche malgré tout à s’acharner, il risque d’être lynché par la foule, parfois avec son épouse si elle a tenté de l’aider.

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Si l'incident lors d'une exécution est la manifestation d'une volonté surnaturelle de grâce ou bien pour éviter une erreur judiciaire, alors comment fera face le tyran qui est ainsi remis en question en menant à l'échafaud des innocents ? Devra-t-il, devant la pression de la foule, gracier un condamné... puis lancer à ses trousses des hommes de main jouant les escadrons de la mort ? ... Et si un voleur ou autre petit délinquant était ainsi sauvé ? Se retrouvant sur les routes, que devrait-il penser de la seconde chance qui lui est donnée ?

Paul DELAROCHE | The Execution of Lady Jane Grey (1833) | Wikimédia Commons

Paul DELAROCHE | The Execution of Lady Jane Grey (1833) | Wikimédia Commons

Tag(s) : #Inspirations, #Histoire, #Surnaturel