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Dans la série consistant à trouver des idées de développement pour ma thèse à partir de choses qui n'ont pas grand-chose à voir, les noter dans un coin et voir plus tard si c'est concluant... voici une réflexion autour de la question de l'efficience de la peine du bannissement sous l'Ancien Régime.

Une des questions (quasi impossibles) à résoudre est de savoir si le bannissement a servi à quelque chose dans les sociétés qui l'ont pratiquée, dont la France du XVIe - XVIIIe s. Pour offrir un éclairage et des pistes, je cherche du côté des apports d'autres disciplines, dont souvent les sciences sociales qui s'intéressent beaucoup au changement des comportements.

De ma lecture du jour transparaissent quelques éléments positifs des sociétés dites collectivistes ou communautaristes, par opposition à notre modèle actuel individualiste. L'article semble inviter globalement à des approches entre indvidualisme et collectivisme et propose des dynamiques pour améliorer la vie et l'efficacité de nos sociétés connectées. J'ai beaucoup apprécié cette lecture, si ces questions vous intéressent aussi, cela vaut peut-être la peine d'y jeter un oeil.

Dans le cas présent, je n'exploite ci-dessous qu'une toute petite partie des résultats évoqués par l'auteur de l'article.

« Orienter la société grâce aux données massives » par Alex Pentland, in Pour la Science, n°433, Novembre 2013, p.56-61.

Une source inattendue d’information quant à l’utilité des communautés et de leur attitude par rapport aux déviances, découle de l’exploitation du Big Data, entendre par là, l’analyse des données massives rendue possible par le développement tant de l’informatique, que des flux de données transmis par Internet ou les GPS notamment. Alex Pentland[1], directeur du Laboratoire de dynamique humaine du MIT (Institut de technologie du Massachusetts, États-Unis), a ainsi pu identifier avec son équipe des méthodes empiriques ayant un fort impact sur la modification des comportements. Pour le cas qui nous intéresse, à savoir l’interaction entre la communauté (village, quartier) et le déviant (violence, chapardage, incivilités), il apparaît que la dynamique est plus complexe qu’on aurait pu le penser sur la base d’une dichotomie de type société communautaire versus société individualiste.

L’auteur note : « La solution habituelle est d’identifier les individus qui abusent du bien commun et de leur infliger des pénalités (ou leur accorder des incitations) pour les pousser à mieux se comporter. Cette approche est onéreuse et porte raprement ses fruits. » Le comportement qu’il décrit comme inefficace concerne aussi bien à les déviances non sanctionnées en droit pénal, comme le gaspillage de l’eau potable, que les déviancés sanctionnées en droit pénal, à savoir délits et contraventions concernant des comportements courants et habituels. Se contenter de punir ou aider le déviant directement n’a donc que peu d’effets quant à l’obtention d’un véritable changement de comportement sur la longue durée. De ce point de vue, ni la justice d’Ancien Régime, ni les pratiques actuelles du droit ne se distinguent du point de vue de l’efficience dans la dimension de la modification des habitudes, et donc par extension de la réintégration d’un individu ayant acquis des mœurs inadaptées à illégales.    

Passé ce constat d’échec, l’auteur poursuit : « en encourageant un engagement accru entre les individus, on parvient à réduire le problème. La clé est de proposer de petites incitations financières à ceux qui interagissent le plus avec les contrevenants, en les récompensant eux plutôt que le contrevenant pour leur comportement plus vertueux. […] L’approche fondée sur la pression sociale est jusqu’à quatre fois plus efficace que les méthodes habituelles. » La méthode exposée va à rebours des habitudes, puisqu’elle revient à rectifier une conduite individuelle en soutenant les personnes de son environnement qui ont l’attitude souhaitée. D’une certaine manière il s’agit d’une proposition qui offre une synthèse entre les sociétés dites individualistes et celles dites collectivistes. L’intérêt de cet apport est de souligner les vertus de la pression sociale communautaire, laquelle est généralement perçue de manière très négative dans le discours contemporain en France. La manière dont le groupe agit sur l’individu est facilement présentée comme une forme d’oppression rétrograde, sectaire ou totalitaire.

Dans le cas de cette étude portant sur le bannissement sous l’Ancien Régime, cela signifie que cette société passée disposait consubstantiellement d’un atout qui n’existe pas ou plus au présent, celui-ci étant susceptible de favoriser la réduction des déviances à la norme de manière très efficace. C’est-à-dire que malgré l’absence de structures contraignantes ou organisant la réinsertion de façon ciblée, le fonctionnement empirique de la société collectiviste peut avoir un impact positif et concret.

Toutefois, ce facteur tient plus à l’organisation de la société qu’à l’efficience même de la peine. Il signale des potentialités, l’existence d’un mécanisme pour ainsi dire immunitaire contre la déviance, pour la prévenir et la faire cesser. Comme les autres éléments de cet ordre, identifier son existence et avoir des raisons de penser qu’il eut une efficacité ne permet en aucun cas de chiffrer avec certitude son impact. Tout juste peut-on envisager une comparaison, avec toutes les précautions qui s’imposent, avec d’autres sociétés collectivistes avant, pendant et après transition au mode de vie occidental.

 

 

[1] « Orienter la société grâce aux données massives » par Alex Pentland, in Pour la Science, n°433, Novembre 2013, p.56-61.

The Puritan Augustus Saint-Gaudens (American, Dublin 1848–1907 Cornish, New Hampshire)  | Metropolitan Museum of Art | Bequest of Jacob Ruppert, 1939 | Parce qu'une société ultra communautaire... c'est aussi un extrême qui ne fait pas rêver, une illustration en guise de clin d'oeil en ce sens...

The Puritan Augustus Saint-Gaudens (American, Dublin 1848–1907 Cornish, New Hampshire) | Metropolitan Museum of Art | Bequest of Jacob Ruppert, 1939 | Parce qu'une société ultra communautaire... c'est aussi un extrême qui ne fait pas rêver, une illustration en guise de clin d'oeil en ce sens...

Tag(s) : #Bannissement, #Sciences sociales